Odyssée d'un poilu cambrésien

 

CAMBRAI HISTOIRE

 

 

Odyssée d'un poilu cambrésien

Cette histoire est celle d'un ancien cambrésien qui, en 1913, s'est engagé au premier Régiment d'Infanterie de Cambrai. Vous ne trouverez pas de descriptions de combats, de faits d'armes, car ce récit n'est pas celui d'un combatant mais celui d'un homme courageux qui a souffert et a fait son devoir.

Ces lignes, écrites juste après le conflit, sont en fait un témoignage émouvant qui nous éclaire sur les conditions de vie d'un cambrésien, conditions qui aujourd'hui nous seraient insupportables.

Carnet de route de Maurice LEBLON

Soldat au 1er Régiment d'Infanterie durant la campagne 1914-1918

 

Avec l'aimable autorisation de monsieur André LEBLON.

 

 

 

C'est le 17 avril 1895 qu'est né rue de l'Ange à Cambrai Maurice LEBLON. Il y fit toutes ses études pour en sortir en juillet 1910 avec son certificat d'études supérieures. Il suivait en même temps des cours à l'école de musique qui se clôturaient au cours supérieur avec le médaille de clarinette.

 

académie de musique

l'académie de musique

 

Il s'engagea pour 3 ans dans l'armée en août 1913 mais pour choisir son corps, il lui fallait le brevet militaire. Les examens pour la classe 1912 étaient terminés, les cours pour la classe 1913 allaient commencer d'une façon accélérée, les examens devant se faire un mois après. Il se retrouva au 2ème Bataillon 6ème Compagnie à Villars Citadelle.

source : http://histoiremilitaria2.discutforum.com
la Citadelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

la Citadelle groupe de soldats du 1er RI avant-guerre

 

 

Nous laissons maintenant Maurice LEBLON nous narrer les évènements tels qu'il les a vécus.

 

Je devais faire 3 mois de classes avant d'être nommé élève musicien; à cette époque j'allais aux répétitions ce qui me dispensait d'exercices entre deux, ce qui m'a fait grand bien. J'avais bon appétit et mangeais de bon cœur ma portion de pommes de terre et haricots avec viande. Le soir à la maison je recommençais. Ce fut une bonne période qui m'a laissé un bon souvenir. Nous allions à l'exercice sur le terrain de manœuvres et au repos, c'était la course vers le petit pâtissier qui nous suivait avec ses "tom-pouces". Je ne parle pas des lits en bascule ou en portefeuille ou de la godasse sur la lampe à pétrole pour l'éteindre et le verre à remplacer, les boutons à astiquer et les ceintures à noircir à la cire dure, la table de casernement à gratter avec du verre, l'odeur de la chambrée lorsqu'on rentrait de permission de minuit, la toilette le matin dans un couloir à courant d'air. Enfin, il fallait bien suivre.

Les anciens étaient de la classe 1911. moi même je marchais avec la classe 12, comme engagés nous étions moins bleus quand la classe 13 est arrivée un mois après.

 

Musique du 1er RI

 

À la musique, on savait que mon frère était marié à la fille du chef de musique et l'on se méfiait à tort du reste, je n'ai jamais eu aucune faveur. Mieux comme pendant la guerre cette impression a disparu et tous étaient de très bons copains. Pendant la saison nous donnions des concerts au kiosque des jardins publics le dimanche et le jeudi et participions aux défilés en ville, comme à la retraite le 14 juillet 1914 c'était le revue sur la Place d'Armes. Nous approchions de la guerre, on en causait, quelques jours après on nous mobilisait et l'on disait "la mobilisation n'est pas la guerre". On espérait encore ! hélas elle vint.

On nous habille à neuf ce qu'on appelle la collection de guerre, distribution de vivres, on réquisitionne. Dernier concert au kiosque. Dernière retraite suivie par le foule aux cris de vive l'armée, à Berlin !

Le lendemain on complète l'effectif de la musique à 18 musiciens et suis nommé musicien en titre. La vie de garnison se termine. Une page est tournée, la tragédie commença.

 

L'ordre de mobilisation nous arrive dans l'après-midi du samedi 1er août. Le quartier est consigné mais l'on trouve bien des excuses pour sortir faire ses adieux aux parents et amis.

 

Affiche de mobilisation générale

affiche de mobilisation générale

 

 

La guerre avec les allemands est déclarée le mardi 4 août, nous sommes prêts à partir. Il fait beau et les manèges commencent à monter pour les fêtes du 15 août.

 

Le 5 août dans la matinée, la musique en tête du 2ème bataillon se rendit place de la Porte de Paris où l'attendaient les deux autres bataillons pour le salut au drapeau. Cette cérémonie terminée, le régiment défila en ville par les rues de Noyon et St-Martin pour traverser la Place et se rendre à la gare pour embarquer à midi. Ce fut la dernière fois que je vis mon quartier et ses occupants, puis après la rue de l'Ange, la place au Bois où mon père attendait et nous suivit jusqu'à la gare.

 

Une fois embarqués, le train pris la direction de Valenciennes pour rejoindre la ligne de l'Est par Le Quesnoy, Anor où des jeunes filles nous reçoivent gentiment, Hirson, puis il s'arrêta à Rumigny vers 18h où nous devions débarquer sous un gros orage et rejoindre nos cantonnements à Aouste qui est à une heure de là. Nous couchons dans une grange d'une assez belle ferme (c'est la première fois que je couche sur la paille), fatigués nous dormons très bien. Pendant quatre jours nous attendons la concentration dans ce village.

Le lendemain nous eûmes la surprise bien agréable de voir arriver en vélo l'abbé THIBAUT qui, réformé, avait tenu à suivre le premier régiment. Aumônier du cercle militaire de la rue Louis Belmas que nous fréquentions malgré l'interdiction, il connaissait beaucoup de monde, officiers et soldats. Il ne pouvait être reconnu comme aumônier mais il pouvait comme volontaire nous accompagner. Pendant quatre jours nous avions villégiaturé dans l'attente de savoir si les allemands violeraient la neutralité de la Belgique et de recevoir l'ordre de porter secours des belges.

Nous sommes donc au repos, nous nous promenons, allons traire!.. etc.

 

Le 10 août vers 4h30 nous avons réveil, on nous dirige à pied sur Deville. La journée était très chaude et la route très longue, nous perdons trois hommes et beaucoup restent en route, on réquisitionne des voitures pour les sacs et les hommes. Cette journée nous a couté 22 victimes pour le corps d'Armée. Le pays est très joli et très accidenté. Après avoir parcouru 45 kilomètres chaudement vêtus de la veste en drap et la capote, sac sur le dos, bien équipés nous arrivions exténués en fin d'après-midi à Deville où nous sommes logés dans une ancienne école de filles près de la gare à proximité de la Meuse. Un peu de paille recouvrait le plancher, aussi je ne pus fermer l'œil, la fatigue m'ayant occasionné des crampes insupportables.

 

Le lendemain j'allais au poste de secours où je rencontrais Oscar LEBLOND de La Groise qui me fit coucher dans un lit et m'apporta une tartine de fromage blanc, ce qui me remis sur pied, heureusement car le lendemain nous reprenions la route en direction de Reims où nous passons sur le pont suspendu. Désigné pour faire le cantonnement à Fumay, nous partons pendant que les autres font la grande halte, en pleine chaleur, la Meuse à droite, les rochers à gauche qui nous cuisaient, nous arrivons enfin au cantonnement, préparent le complément et la soupe en attendant les copains. J'étais logé dans un café où la patronne m'a donné sa chambre aimablement en pensant sans doute à son mari qui comme nous était mobilisé. Malgré un lit trop doux et la chaleur, je ne puis dormir. À minuit elle frappât à la porte pour m'annoncer qu'il y avait alerte et que nous devions partir. Elle me préparât un bon chocolat au lait et nous reprenions la route, direction le Belgique et c'est à Vireux Mollain que nous passions la frontière. Nous quittions notre pays et laissions la France derrière nous, étrange impression en ces moments incertains où nous allions au devant de l'ennemi; quel sera notre destin ?

 

Nous passons à Mazée, Niverlée pour nous arrêter à Surice à 14 heures. Nous nous nettoyons pendant que nos cuistots font la popote, ensuite sur une table improvisée : une grande planche reposant sur 2 voitures. On nous sert de la viande et les frites, arrosés de bière qui commence à se faire rare. Sur les routes nous sommes très bien reçus, les habitants nous apportent vin, cidre, bière, café, voir même des confitures. Nous oublions les fatigues quoique les journées soient très chaudes et le terrain fortement accidenté..

 

Le 14 mars nous avons réveil à 23h30, nous partons vers Dinant, faisons 7 kilomètres en forêt et allons prendre position à Anthée. Sommes en réserve du 33ème qui se bat à Dinant.

À 6h, le 15 août, nous entendions les premiers coups de canon. On est ravitaillé en munitions et nous attendons les ordres dans un terrain vague en bordure de la route. Nous avions l'impression d'être seuls, on ne voyait personne tout en attendant au loin la fusillade. C'était vraiment étrange, quand le corps de cavalerie Sordel venant d'Hastière passa devant nous. Ce fut le réconfort, vingt mille cavaliers défilèrent, chasseurs à cheval, dragons, cuirassiers; ce qui nous donnait une impression de force. C'est là que Georges MAURIAC cherchait après mon ami Robert en voyant le 1er RI. Le 33ème RI ainsi que le 8ème se battaient à Dinan et les éclopés revenaient vers nous en nous disant qu'il ne restait plus rien de leur régiment, chose assez lugubre la nuit. Qu'allions nous faire, l'ennemi étant repoussé de Dinan et la citadelle reprise, nous prenons cantonnement à Gérin où nous restions quelque jours, prenant position dans la journée autour du village. La seule épicerie avait été rapidement vidée mais l'église le soir débordait.

L'eau était rare et il fallait faire quelques kilomètres pour aller laver son linge.

Nous logeons dans une grange où nous sommes pas mal malgré le monde, le lendemain dimanche 16 allons nous ravitailler et faisons la cuisine dans une prairie, le soir retournons au même cantonnement. Le 17, prenons position à coté du village puis rentrons à midi.

 

Le 18 août tout le monde se mit à tirer sur un avion allemand, un Taubé, qui fut abattu. On vit passer quelques prisonniers sur la route et recevions une bonne ondée. Le 19, allons dans la pâture où nous voyons passer les premiers allemands. La pluie nous force à rentrer dans nos cantonnements. Le 20 allons laver notre linge à 2 kilomètres de là, l'eau étant rare dans le village. Le 21 restons pour nettoyer le cantonnement, le soir nous allons au salut où se pressait une foule incroyable, la petite église débordait. On ne trouve plus rien chez les marchands, heureusement que l'ordinaire est là!..

Photo Bundesarchiv

Taubé

 

Le 22 août à 2h du matin, nous avons alerte. Marchons toute la journée et sur la route nous tirons sur un taubé puis voyons atterrir un aéro belge, plus loin un taubé suivi par une automitrailleuse belge. Nous rencontrons les zouaves et les noirs qui viennent d'aller à la baïonnette. Nous logeons le soir à Sart St-Laurent d'où l'on voit bruler les villages voisins, dans les rues on ne voit que des émigrants avec leurs troupeaux.pour arriver à la nuit tombante à Sart St-Laurent. On apercevait au loin les lueurs d'incendie et les paysans évacuaient les lieux avec leur bétail. Où nous logeons les propriétaires sont peu aimables, ils n'acceptent pas les sous français. On reçoit le ravitaillement et l'on fait la soupe jusqu'à minuit, quant au moment de se coucher nous avons alerte. Ce 22 août marque le commencement de marches sans arrêts jour et nuit qui devaient nous conduire aux frontières du département de l'Aube à la Forestière pour reprendre l'offensive à la bataille de la Marne. Mais revenons à ce 22 août à minuit où nous quittons Sart St-Laurent en direction de la Sambre avec pour mission de garder les ponts de Floreffe et Florifloux.

 

Le 23 à 1 heure fausse alerte due à la mauvaise interprétation d'un ordre. Nous allons dans une pâture attendre l'heure du départ mais il fait très froid et sommes gelés, partons à 2h ½ dans les bois, arrivons vers 10h près des forts de Namur où nous voyons défiler 150 autos belges fuyant Namur qui venait de se rendre. Ordre nous est aussitôt donné de nous replier puis battons retraite, prenons les chemins défilés. Plus de trainards car nous sommes pris dans le fer à cheval. Nos 75 sauvent la situation, une batterie est abandonnée, les allemands veulent s'en emparer mais nos artilleurs veillaient, ils ouvrent un feu d'enfer sur ces batteries qui furent démolies et tuant ceux qui étaient approchés!..

La bataille de Charleroi était engagée. De la hauteur où se trouve notre position en bordure d'un petit bois nous apercevons sur la route venant de Namur une centaine d'autos qui évacuent la ville. À midi, nous recevons l'ordre de battre en retraite, nous traversons les bois en file indienne et arrivons à Bioul couverts par le 43ème qui est accroché et dont les blessés sont soignés dans les postes de secours; nous continuons notre route, il faut faire vite pour éviter l'encerclement, c'est alors que l'encombrement commence, artillerie, infanterie se trouvent mélangés ce qui rend la marche pénible et disloque les formations.

À la nuit, près d'une ferme isolée, le colonel BASTON s'installe sur la route et rallie son régiment en donnant ordre de se reposer quelques heures. Cela suffit pour laisser écouler le flot et retrouver ensemble une route libre que nous reprenions en formations normales. Nous marchions toute la journée jusqu'à Romedème où nous pensons nous reposer. Nous y arrivions vers 17h.

 

Le 24 août nous installons les cuisines et logeons dans l'église. Je prend sun tour de garde au poste de police jusqu'à 6 heures. En revenant, on crie "aux armes!". Nous nous équipons en deux minutes, sommes prêts à partir. Les balles sifflent, le canon donne. Nous avons paraît-il été trahis par un pharmacien qui avait allumé une lanterne, sa maison fut la première atteinte par les obus puis le village bombardé, nous fuyons protégés par la 8ème Compagnie qui nous couvre bien qu'étant attaquée par de l'artillerie volante.. Le commandant TRUFFERT et le capitaine FRÈRE, le futur général, blessé se distinguent ainsi que le sergent major ALIGNARD. MARQUILLY, un cambrésien qui se trouve dans un petit poste, est tué, MALLEZ est également blessé ainsi que plusieurs hommes.Pendant ce temps nous nous équipons, nous renversons les marmites et nous rassemblons pour quitter les lieux. Nous partons sur Romerée où, tombant de fatigue, nous nous endormons sur le pavé au pied de l'église. Les nuits sont très froides et quand nous nous réveillons nous étions gelés. La manœuvre allemande pour nous encercler en tombant sur nos arrières avait échoué mais nous étions dans l'obligation de continuer notre retraite.

 

Le 25 à 4h nous partons, marchons toute la journée, passons à Matagne la Grande, Matagne la Petite, Fagnolle, Nismes où un combat s'engage. Nous vîmes défiler le 6ème chasseur à cheval qui venait de perdre leur colonel et un commandant, tous deux tués en effectuant des manœuvres de couverture. Nous avons pendant quelques heures occupé les hauteurs avant de reprendre la route de Wismes, Couvin, Bruly de Pesche où nous passons la nuit. Très fatigués, nous dormions en marchant. Cette traversée des bois dans la nuit était pénible, on butait sur celui qui nous précédait et quand venait la halte, on n'enlevait même plus son sac et on s'allongeait sur la route. Mais il fallait repartir et avec combien de difficultés les pieds n'en voulaient plus, on avait l'impression de marcher sur des aiguilles, puis chemin faisant, la douleur s'atténuait et l'on reprenait la cadence. A loger à Bruly de Pesche dans une ferme isolée 3 Km 500 de Cul de Sarts. C'est là que nous reçûmes les premières lettres.

 

(pendant les quatre premiers jours de la retraite (96h) nous avons marché pendant 60h de marche, haltes décomptées).

 

Le 26 après avoir pris le café nous nous dirigeons sur la frontière française où nous la passons à Riezes, traversons la forêt de Signy et logeons à Signy le Petit

Le lendemain 27 réveil à 2h, nous partons par une pluie battante puis arrivons vers 3h à la Rue Grande Jeanne à Wartigny près de Besmont, étape relativement courte en attendant une plus longue le lendemain.

 

Le 28 nous avons réveil à 2h et partons à 4h, traversons Besmont passons près de la Sablonnière où PRUDHOMME fit un détour pour aller embrasser sa mère qu'Il ne devait plus la revoir après la guerre, Jeantes, Plomion allons cantonner à Burelles. (Nous avions fait en route quelques provisions que je ne puis manger ayant mal à l'estomac). Après Harcigny nous arrivons à Burelles où nous cantonnons. La chaleur ne nous quitte pas. Le 29, réveil à 2h, passons à Bosmont et traversons Marles. Là, changement de direction, nous partons sur le Hérié que nous atteignons vers dix heures et prenons la formation de combat. La bataille s'engage vers 15 heures. Le 2ème et 3ème Bataillon partent en direction de Guise sur le coté gauche de la route; le 4ème RI sur notre droite, le 1er bataillon du 1er RI reste en soutien à l'Est de le Hérié.

La 9ème Compagnie du 1er pousse jusqu'à la ferme de Bretagne quand un ordre lui ordonne de marcher sur la côte 150. le bataillon suivit et subit le feu de l'ennemi qui furent débusqués mais ils avaient mis hors de combat plusieurs officiers (13 sur 15). La côte ne fut guère dépassée, étant balayés par les mitrailleuses.

Quant à la musique, elle assume sa mission dès l'arrivée sur le champ de bataille, ce qui l'empêcha de sonner la charge de 19h comme l'avait demandé le général SAURET. Un second poste de secours avait été établi à la halte au Sud de le Herie où nous transportions nos blessés après une marche épuisante. Le personnel et le matériel manquait pour une mission aussi lourde, car il y eut bientôt des centaines de blessés couchés sur la paille le long de la voie ferrée. Le spectacle n'était pas beau. Le lieutenant WILMET de la 7ème Compagnie était tué et sa cervelle pendait. Après cette chaude journée, sans eau ni vivres, nous étions morts de fatigue et passions la nuit dans un fossé près de la halte, en bordure de la route et n'avions rien entendu de tout le trafic, pas plus le train qui passait enlever 400 blessés vers 21h. nous étions tous surpris le lendemain matin de voir les quais complètement vides. Nous continuons notre service et dans l'après-midi nous recevons l'ordre de nous diriger vers Faucouzy. Le soir nous logeons à Pargny Les Bois.

La bataille de Guise était terminée, le 1er RI avait perdu 800 hommes et 3 500 pour le 1er corps.

 

Le 31 août, réveil à 3h30. nous traversons Crécy sur Serres. La chaleur ne nous quitte pas et faisons 30 kilomètres et allons loger à 7 kilomètres de Laon, à Monceau le Waast, 3ème ferme à gauche en entrant dans le village. Le soir même à 23h, nous avons le réveil. Quand le soleil donne, nous sommes obligés de marcher par petites poses mais il faut que nous soyons au Sud de l'Aisne pour éviter le débordement ennemi. Nous faisons par petites routes 45 kilomètres pour loger à Muscout où nous arrivons à 20h, (1er septembre) après être passés à Craonne et Beaurieux, suivis de près par l'ennemi. Nous couchons dans un hangar après avoir sorti les outils agricoles.

Le temps de faire la popote, nous reprenons la route le 2 septembre à 1h du matin. C'est vers 17h que nous avons échoué à Savigny où nous logeons dans les greniers du château. Comme toujours nous mangeons tard. Le lendemain, 3 septembre, réveil à 3h. nous allons passer la Marne sur un pont de bateaux construit par le génie à Damery. Nous grimpons ensuite dans la forêt pour aller à la Chaine de Reims où l'on voit tomber les obus ennemis et l'on entend la fusillade du 84ème RI qui était accroché, étant d'arrière garde et qui n'avait reçu l'ordre de décrocher. Heureusement il a pu passer la Marne au dernier moment avant la destruction des ponts. Le colonel LAMOTTE nous quitte; il est remplacé par le colonel GUYOT du 8ème. Un malheureux est atteint de folie.

 

Le 4 septembre à 2h30 nous traversons la forêt d'Enghien de 8 kilomètres. Nous nous tordons les pieds dans les ornières profondes ce qui nous fatigue beaucoup. Nous arrivons vers midi à la ferme du Désert près de Champaubert où nous logeons dans une bergerie. Les obus ennemis commencent à arriver.

 

Le 5 septembre, réveil à 1h, nous passons à Sézanne. Journée très chaude et logeons à 18h à la Forestière après avoir parcouru 30 kilomètres. Nous nous demandions où nous allions et ce qu'était devenu Paris quand on nous a donné lecture de l'ordre du jour de JOFFRE nous annonçant pour le lendemain la reprise de l'offensive. Nous couchons dans une grange à coté d'un bourrelier et en face d'un puits. Nous mangeons à minuit.

 

Le 6 septembre à 3h nous prenons l'offensive. Le régiment étant en réserve, nous nous bornons à suivre en position de combat. Le 7, les allemands avaient reculé de 10 kilomètres. Le soir nous bivouaquons près d'une grande ferme.

Le 8, le régiment fait à 4h du matin, un dépassement et se trouve en première ligne. Nous poursuivons l'ennemi qui a abandonné son matériel. Nous transportons leurs blessés, de grands gaillards qui pèsent lourd. Nous voyons le travail de notre artillerie, de nombreux morts jonchant le terrain. Nous traversons Esternay dont les maisons fument encore et constatons le pillage, les prisonniers à la porte de l'église nous regardent passer. La chaleur continue. Le soir nous traversons une forêt avec le 3ème bataillon où nous nous perdons. Nous sommes en contact avec l'ennemi et le hulans patrouillent. Nous attendons des ordres. Monsieur PRUDHOMME me demande si je n'aurai pas un biscuit à lui donner, il m'en restait deux et nous avons partagé. La nuit étant venue, nous bivouaquons à la lisière de la forêt après avoir cuisiné une partie de la nuit, à noter l'abandon par l'ennemi de voitures caissons, chevaux, casques etc. le général SAURET est blessé. Je ne me suis jamais expliqué comment tous ces feux ne nous ont pas fait repérer. Je suppose que l'ennemi, dans sa retraite, avait d'autres choses à faire.

 

Le lendemain, 9 septembre, nous repartons en direction de Montmirail. Les allemands ont été surpris au bivouac et toujours le même tableau, voitures caissons, chevaux tués, la route en est jonchée. Nous prenons position en face de Montmirail; le canon tonne de bonne heure. Deux compagnies s'étant trop aventurées, la 3ème et la 4ème Compagnie ne peuvent ni avancer ni reculer; la crête derrière eux étant mitraillée, ils sont faits prisonniers. Nous partons vers l'Est et passons le Petit Morin et nous trouvons l'après-midi à Vauchamps où nous passons la nuit. Le général SAURET était là, ce qui m'a permis de voir son cuisinier CARON qui m'a donné un bon beefsteak pour me retaper. Le service médical fonctionne difficilement ne pouvant avancer sous l'ardeur du feu. Un ballon captif allemand repaire nos positions (c'et la première fois que nous en voyons un). Nous avons 200 blessés. Le village de Cornantier est enlevé, la résistance allemande est brisée, ils évacuent le pont et le village de Courbetaux. Nous passons la nuit à Vauchamps. Je rencontre André CORBISIER blessé. Nous recevons des renforts et par Margny.

 

Le 10 septembre, nous reprenions la marche en avant et traversons la Marne à Dormans où nous avions été très bien reçus par les habitants que nous venions de délivrer. Café, vin, confiture à discrétion, quelle joie, et nous pouvons nous ravitailler dans cette ville. Après une longue pause, nous allons loger à Chassin. Nous couchons dans une grange qui forme le coin de la place. Nous mangeons du melon, quel évènement.

 

Le lendemain, 11 septembre, nous partons sous la pluie, passons à Vincelles pour loger à Romigny à 15h. Nous logeons dans une belle ferme, nous sommes trempés et pas moyen de nous faire sécher. Nos capotes sont encore humides le lendemain lorsque nous avons repris la route pour Pargny les Reims. Il pleut encore. Nous passons la nuit dans les dépendances du château et couchons sur des bancs avec à notre disposition l'éclairage électrique ce qui était un événement.

 

Le lendemain, dimanche 13 septembre, on nous annonce que nous allons défiler dans Reims. Nous vérifions nos instruments et prenons la direction de la ville. À 15h nous étions dans les faubourgs, musique en tête. Nous jouons et défilons mais contre ordre, les allemands tiennent toujours le Nord de la ville et quelques obus éclatent. Nous n'insistons pas et faisons une pause et les habitants nous accueillent avec joie en nous apportant du ravitaillement. Le soir nous bivouaquons près du cimetière de Tilloy et y passons la nuit. Le 14ème Régiment va prendre position vers Bethessis au champs d'aviation. La musique arrête à Trois Fontaines près des hangars remplis de paille. Près de nous un état major se repose quand un officier montât sur le tas de paille et se trouva en face de deux allemands qui avaient trouvé le lieu pour dormir sans doute après ripailles, furent surpris et se rendirent. En route nous avions trouvé plusieurs tués, en outre un cavalier mi-vêtu qui, surpris également, essayait de s'enfuir mais trop tard, il était tué avec son cheval.

L'après-midi nous allons en corvée à Reims pour nous ravitailler. Les allemands bombardent le ville. Nous bivouaquons le soir à Neuvilette.

 

Le lendemain 15 septembre nous longeons le canal en directions de Brimont pour installer notre poste de secours derrière une butte puis nous allons chercher des blessés sur le champs d'aviation de Béthemi en passant sous le pont de chemin de fer. Le combat est dur, les allemands étant bien retranchés, aussi les blessés sont nombreux. Nous sommes bombardés et nos blessés ne sont pas en sécurité, nous devons les évacuer plus loin. Il était temps, nous n'étions pas aussitôt partis que les obus tombent sur notre emplacement. Nous revenons nous coucher à le Neuvilette.

 

Le 16 septembre nous continuons le combat. Le régiment prend le château de Brimont mais ne peux aborder la forêt occupée par l'ennemi. Le capitaine PERRIN est tué. Le soir nous partons à 23h vers St-Brice où nous faisons la soupe pour repartir le 17 septembre. À 4h nous passons à Jonchery, Breuil, Romain, Ventelay. Il pleut toujours, nous poussons jusqu'à Roucy, contre ordre, nous devons retourner à Ventelay où nous logeons dans une grange. Nous avions fait 7 kilomètres à travers vois en terrain détrempé pour rien.

 

Le 18 septembre à 5h nous retournons à Roucy où toute la journée nous campons près d'un bois. Le soir nous parons vers Pontavert où près de cette route, à la lisière d'un bois nous nous réfugions dans des gourbis de paille pour y passer la nuit. Malheureusement il pleut toute la nuit et nous sommes trempés, situation qu'on ne peut qu'accepter et l'on tombe de sommeil.

gourbi

 

Le 19 septembre nous restons sur place, fusillade durant la nuit et les canons toute la journée. Nous allons faire la cuisine au village voisin. Des blessés venant de Pontavert passent sur la route. Le 20 septembre nous allons à Concevreux où nous restons jusqu'au 24.

 

Le 25 septembre départ pour Ventelay. Nous logeons dans une petite pièce où nous pouvons faire la cuisine. Nous sommes heureux de trouver un bon couvert ce qui nous changeait avec les jours précédents. Le 16 septembre nous prenons position aux environs du village où nous revenons pour la nuit. Visite de mon frère. Le 27 septembre nous quittons Ventelay pour aller bivouaquer près de Luternay, grande ferme au Sud de Vaux Varennes. Nous restons au bivouac.

 

Le 28 septembre se passe à faire des gourbis et la cuisine. Le 29 septembre au soir nous partons pour Hermonville à 9,9 kilomètres de là et allons nous coucher près du moulin de Cauroy dans un petit ravin. Discussion entre PRUDHOMME et WRILS pour le campement de leurs hommes.

 

Le lendemain 30 septembre nous restons au même endroit où nous recevons quelques rafales. Le capitaine FRÈRE qui avait été blessé à Romédeme nous rejoint. Les nuits sont fraiches et nous sommes gelés. Le 1er octobre nous faisons la cuisine à Hermonville où l'on a plus de commodités, on forme des équipes pour enterrer les morts qui, depuis plusieurs jours, sont sur le terrain entre les premières lignes et le canal.

 

Le 2 octobre je suis désigné avec d'autres équipes pour effectuer ce travail : on va à la ferme de Luxembourg qui se trouve sur la route 44 et de là on prend un petit chemin qui conduit vers le canal. Triste besogne. Il fallait dans la nuit repérer les cadavres, les mettre sur le brancard er les ramener dans une fosse commune creusée par le génie derrière une petit bois.

Les allemands envoyaient des fusées éclairantes et on été obligés de faire du plat ventre près de notre chargement qui dégageait des odeurs nauséabondes. Quand notre mission fut terminée nous étions heureux de rejoindre nos gourbis.

 

Le 3 octobre au soir nous partons pour Cormicy où nous couchons dans les gourbis creusés dans le sable avec plusieurs couches de rondins au dessus qui nous donnaient l'impression d'être très bien à l'abri, ce qui n'était pas prouvé. Nous y restons jusqu'au 7 au soir.

 

Le 7 octobre nous montons en ligne à La Neuville après avoir traversé le canal. Notre poste de secours est installé à la maison bleue qui se trouve au carrefour de la route 44. Nous logeons dans les gourbis du 84ème RI en contre bas de la route qui monte cers le pont. Nous avions installé des tôles sur lesquelles on se pensait en sécurité; peut être pour la pluie sans autre garantie. Nous restons là jusqu'au 11 au soir où nous sommes relevés et retournons à Cormicy.

 

Le 12 octobre canonnade de l'artillerie française sur la côte 100 qui domine le canal et la route 44 et que l'on désire prendre aux allemands. Le 13 octobre elle redouble et le 84ème RI attaque et échoue. Le 14 octobre au soir nous remontons à la maison bleue (La Neuville), il pleut, nous sommes reçus par une fusillade accompagnée d'obus. Elle cesse un peu pour reprendre le 15 octobre à 5h où le bataillon FALLEUR attaque et réussit un premier bond de 250 mètres. Mais il ne faut pas aborder les lignes ennemies, devant un barrage de mitrailleuses et d'obus tirés du fort de Brimont et de la côte 91. Fonctionnons, quelques tués et blessés..

 

Le 16 octobre deux cambrésiens sont tués. L'adjudant LENOIR et le caporal FRANÇOIS. Le 17, toujours sur la même position, le soir nous retournons à Cormicy au repos. Le 19, repos à Cormicy. Le temps se passe en cuisine, lecture et courrier.

 

Le 20 octobre, jour anniversaire de mon arrivée au régiment, nous touchons des vêtements pour braver l'hiver et aussi notre solde ce qui nous permet d'acheter des camemberts que l'abbé THIBAULT et son ordonnance rapportent de l'arrière. Le 21 octobre on passe le temps en corvées et à lire. Le 22 arrive un renfort venant du dépôt. On a pu enfin se déchausser, ce qu'on avait pas fait depuis le début de la guerre. La plante des pieds avait pris la forme de l'intérieur de la chaussure et l'on enlevait cette dureté par plaques, de même que nous pouvons nous raser et faire disparaître nos barbes tout en restant des poilus (nom donné aux combattants de l'armée française, de même que l'on appelait les allemandes les boches).

 

Le 21 octobre au soir nous retournons à la maison bleue. Nous montons aux tranchées le 24 à 18h. nous y restons le dimanche 25 octobre où nous n'avons rien à faire. Le 26 octobre le canon gronde toujours, duel d'artillerie. Le 27, réveil pour le duel qui continue. Le 28 octobre, journée assez calme, vers 16h nous sommes bombardés. Nous retournons vers 18h à Cormicy où nous séjournons jusqu'au 31.

 

Le premier novembre à 4h, départ pour Bouvancourt où nous passons une triste toussaint quoique le temps fut superbe.

Le 2 novembre à 3h30 nous passons par Ventelay, Courlandon, Fismes pour loger à Ville-Savoie village de 200 habitants perché sur une colline. Le 3 novembre nous logeons dans les bois pour ne pas nous faire repérer par les avions. Le soir nous allons loger à Vaucerey dans le grenier d'une ferme occupée par la division. Le 4 novembre nous retournons dans les bois et le soir nous partons à Vaustin où nous passons la nuit dans le grenier d'une maison habitée.

 

Le 5 novembre, par un brouillard intense, nous rapprochons le front et logeons dans les creutes (carrières) de Vieil Arcy. Le régiment prend position à Soupir. Nous recevons un renfort de la classe 14 qui pour la première fois va monter en ligne. Les hommes sont pleins d'entrain et paraissent heureux de venir combattre. Ils logent dans le village. La nuit des obus arrivent dans une grange où 50 d'entre eux sont tués. Triste baptême du feu. Les attaques continuent à Soupir.

 

Le 13 novembre au soir on fait appel à la musique de la division pour évacuer une cinquantaine de blessés qui attendent dans les caves de la ferme du Mont Sapin qui a été prise le matin et dont le régiment a été relevé. Nous traversons l'Aisne sur un radeau dans une nuit obscure et nous rendons au château Calmette où se trouve notre poste de secours dans une salle d'armes dans les sous sols. Le château a été brulé. De là nous allons chercher nos blessés sur la route de Vailly encombrée d'arbres abattus qu'il faut enjamber. Nous arrivons à la ferme du Mont Sapin où une sentinelle nous recommande le silence complet, les allemands se trouvant de l'autre coté.. il fait un temps épouvantable, il pleut averse. Nous ramenons nos blessés au château après un transport mouvementé où il fallait s'aplatir dès qu'une fusée éclairante partait. La route était à peu de distance des lignes et complètement à vue le jour. Nous étions exténués et entièrement trempés; il restait encore quelques blessés à enlever et restions seuls; l'abbé THIBAUT, notre aumônier insistait pour ce dernier effort, il nous encourageait pour repartir. Prenez un peu de repos, et, en nous offrant des cigarettes, il s'adresse à ceux qu'il connaissait bien pour exécuter ce dernier transport, ce que nous fîmes. Nous retournions ensuite en repassant le bac dans un terrain détrempé et toujours sous la pluie. Å 2h nous rentrons trempés jusqu'aux os. Je ne parle pas des combats qui sont très durs, il s'agit de prendre les hauteurs au Nord de Soupir. Légère avance après le cimetière qui ne peut être fermé. Le capitaine BLANC est tué et les pertes sont sensibles.

 

Le 14 novembre, repos dans la journée. Le soir je vais au pont de Pont Arcy chercher du pétrole. Le 18 novembre nous allons Dhuizel dans une bergerie jusqu'au 24 novembre.

 

Le 25 novembre nous remontons à Vieil Arcy et logeons à la ferme de l'hôpital qui fait face à la route de Pont Arcy. Nous y restons 3 jours et partons ensuite pour Paars où nous restons également 3 jours et nos donnons un concert. Le 1er décembre nous sommes de retour à la ferme de l'hôpital. Le 2, Ste-Barbe, nous comptons plus de 70 obus allemands qui passent au dessus de la ferme à destination des batteries d'artillerie qui se trouvent derrière chez nous. Nous étions descendus dans la cour en attente d'un coup trop cour sur la ferme. Sommes réveillés la nuit par l'éclatement de quelques obus.

 

Le 3 décembre, continuation des tirs. Je vais à Pont Arcy porter la popote du colonel. Le 4, deux lieutenants d'artillerie sont tués. Nous devions partir le soir pour Jouaigne mais restons un jour de plus. Le 5 décembre à la nuit nous arrivons à Jouaigne après avoir subi les derniers bombardements. Le 6 décembre nous logeons dans les écuries du château. Nous partons ensuite pour Magneux près de Fiomes. Nous sommes mal logés dans les greniers avec peu de paille.

 

Le 10 décembre nous faisons du service en campagne. Le 11 décembre nous partons pour Sarry et arrivons vers 3h. Le 12 décembre nous sommes logés dans une grande ferme au 1er étage où nous faisons de la musique. Le 13 décembre nous donnons un concert face à la gare. Le 14 décembre nous passons à Lhéry, Lagery, l'abbaye d'Igny, Nesles et arrivons à Fère en Tardenois où nous logeons dans le grenier d'une boulangerie et sommes bien ravitaillés. Le lendemain 15 décembre on trouve un lit. Je n'en n'avais vu depuis Fumay, début août. Restons 3 jours.

 

Le 17 décembre nous partons à 4h pour embarquer, nous descendons à Saint-Hilaire, nous faisons 20 kilomètres pour loger à Courtisols St-Julien. Le 18 décembre, repos. Nous partons le 20 pour La Cheppe où nous logeons dans une grange en face du colonel. Nous y restons jusqu'au 24 où à la fin de la messe de minuit nous avons alerte. Nous partons le 25 décembre bivouaquer dans les bois entre Fosme Suippe et Lomme Tourbe. Il fait très froid. Le 28 décembre nous embarquons à Cuperly pour Sainte-Menehould, allons coucher dans une grange à la Grange-au-Bois. Nous avions fait une vingtaine de kilomètres pour aller embarquer et repasser en train où nous étions précédemment. Voulait-on tromper l'ennemi ou cherchait-on un quai d'embarquement pour les voitures?

 

Le 29 décembre à 1h alerte et départ pour la Harasie où les chasseurs ont été surpris par une attaque. Il faut rétablir la situation. Nous logeons près du château dans un café. Les balles sifflent dans le village où l'on fait le ravitaillement. Le lendemain à 6h nous partons pour Florenes où nous fêtons le 31 décembre 1914 et le premier janvier 1915.

 

Le 2 janvier nous partons pour St-Menehould où nous couchons dans le grenier d'une maison occupée par un notaire près de l'Aisne où la source se trouve à quelques kilomètres. Le 3 janvier au matin nous partons pour la Champagne. Nous traversons Valmy, Somme Brioune, Somme Tourbe où nous allons camper dans les bois de La Salle. Construisons des gourbis couverts avec toiles de tente, il fait très froid, le bois est mouillé. On fait difficilement cuire les haricots. Restons quelques jours.

 

Le 6 janvier à 23h nous partons pour Wargemoulin où nous couchons dans une étable en compagnie de rats. Le lendemains nous nettoyons et sortons le fumier rempli de pansements pour organiser notre poste de secours.

Le 9 janvier nous prenons l'offensive, violente canonnade et prenons un fortin. Non sans pertes.

 

Le 11 janvier nous retournons dans les bois de La Salle où nous restons jusqu'au 16. il fait très froid. Il faut aller casser la glace à 1 kilomètre pour avoir de l'eau. La cuisine cuit difficilement avec un bois humide qui ne chauffe pas. Le soir du 16 janvier nous étions à Wargemoulin. Le lendemain nous allons à la ferme Beauséjour. Nous passons par Winaucourt et par pont de Minaucourt, nous tournons à gauche et longeons la rivière au Marson jusqu'à Beauséjour où nous avons notre poste de secours. Nous logeons dans ce qui reste de la ferme, dans les caves nous couchons sur les grains. Apparition des poux et de le typhoïde.

 

Le 18 janvier au soir nous allons entre les lignes enterrer les morts allemands calcinés. Nous creusons une fosse peu profonde que l'on recouvrait de terre. Å 1h nous étions rentrés.

 

Le 22 janvier nous étions relevés et reprenions notre campement dans les bois de La Salle jusqu'au 27 au matin. Il fait toujours très froid ce qui n'empêche pas que tous les jours ce sont des attaques par sections qui sont très meurtrières pour gagner quelques mètres et de les reperdre ensuite. Un minuscule petit bois à prendre où l'ennemi s'est organisé. Il ne reste que des troncs nais c'est toujours d'incessants combats que ce soit dans les bois des 3 coupures, le bois triangulaire etc. les pertes ne sont pas en rapport avec les gains, aussi avons nous de nombreux blessés que l'on doit transporter à Wargemoulin à 5 kilomètres. D'abord à pied sur route découverte, ensuite mieux organisés, nous avons des voiturettes où à 2 brancardiers nous pouvions transporter plus rapidement. Il nous fallait traverser le village de Minaucourt qui était souvent bombardé et je n'ai pas oublié qu'étant pris dans des rafales, un général s'est présenté et nous a fait rentrer dans un couloir en attendant que cela se calme. Quelques temps après notre parcours était assuré par des voitures à chevaux et des brancardiers divisionnaires qui montaient la nuit jusqu'au poste de secours de la ferme de Beauséjour.

 

Nous avions passé une période très fatigante vue le parcours imposé et la charge. Le risque aussi était grand.

Les morts étaient nombreux, il fallait organiser un cimetière et les enterrer. Je me souviens avoir servi l'abbé THIBAUT qui disait sa messe au milieu sur un autel improvisé avec quelques planches. Je ne puis dire que j'étais à l'aise, ça mitraillait partout et il fallait s'attendre à en recevoir. Aussi quand j'ai rejoint les copains adossés à la butte qui les mettait à l'abris, ils ont trouvé que ne n'avais pas peur. Ce n'était pas mon impression.

 

Le 1er février nous étions relevés pour prendre cinq jours de repos dans les bois de La Salle. Nous la connaissons cette route et les quatre villages que nous traversions, Minaucourt, Wargemoulin, Laval, St-Jean sur Tourbe.

Monsieur PRUDHOMME est évacué ainsi que le colonel et le capitaine WIELS. Tous les jours de nombreux malades partaient sur Châlons atteints de la typhoïde et garnir par milliers nos cimetières. On attendait son tour d'évacuation ce qui n'était pas très rassurant.

 

Au poste de secours de Wargemoulin je rencontrais Léon FAILLE qui avait été blessé entre les lignes par une grenade. Il avait perdu la vue et avait pu revenir. Il m'a reconnu à ma voix; je ne m'étais pas rendu compte qu'il était aveugle.

 

Le 6 février au matin nous remontons en ligne à Beauséjour. Les attaques continuent toujours. L'abbé THIBAUT vient me trouver et me demande de former une équipe de quatre copains pour aller chercher REPAIRE un cambrésien qui vient d'être tué. Il doit m'envoyer un guide pour m'indiquer l'endroit dès que la nuit serait venue. Nous partons donc avec MASSE, LIBONSON, CARPENTIER pour le ramener au cimetière. Mais dans l'obscurité le guide s'est trompé de direction et nous a emmenés au fortin de Beauséjour de sinistre mémoire. Des mains, des pieds dépassaient dans ces tranchées remuées par les obus. En arrivant l'alerte se déclare. On nous refoule pour ne pas gêner. Nous passons nous mettre à l'abris dans un endroit qui paraissait convenir. Ce lieu était plein de cadavres, nous ne pouvions que voir plus loin, mais dans ce labyrinthe nous nous perdions et nous débouchions dans un boyau à demi bouché qui se dirigeait vers les lignes ennemies. Nous ne savions plus où nous étions. Il faut dire que ce fortin avait été pris et repris plusieurs fois et très retourné. Le temps passait et nous ne pouvions accomplir notre mission. Très tard dans la nuit nous devions regagner notre poste de secours. Le lendemain matin je dût expliquer à l'aumônier ce qu'il s'était passé, il n'était pas très satisfait et nous dûmes retourner le soir même avec un nouveau guide. J'ai pu me rendre compte que la veille nous avions pris à droite au lieu de prendre à gauche, de là il fallait longer toute la première ligne toute bouleversée sur une distance assez longue. Cette tranchée qui avait été prise aux allemands avait encore son parapet en état et le balles nous passaient sous le nez pour s'enfoncer dans ce parapet. Enfin nous arrivons et chargeons notre ami REPAIRE avec recommandation de ne faire aucun bruit, l'ennemi se trouvant à dix mètres. Le retour s'effectue d'une façon des plus pénibles, on ne pouvait que porter à deux, brancard plié. J'avais sa tête dans la figure, il fallait escalader les tranchées comblées dans des conditions les plus dangereuses, éclairés par les fusées, soumis aux tirs incessants. Nous n'en pouvions plus, une pause était nécessaire, nous demandant comment nous allions nous en sortir. Nous demandons du renfort à une corvée de territoriaux qui nous est accordé. Nous prenions les deux derniers et nous remettons en route. Au bout d'un moment ils font la pause et s'aperçoivent qu'ils ont affaire avec un tué au lieu d'un blessé. Nous ne savons pas ce qu'ils sont devenus, ils ne s'attendaient pas à cela, ils ont été effrayés. Nous avons donc repris notre marche et avons pu enfin rejoindre notre poste de secours.

Notre mission était terminée mais jamais oubliée.

 

Le lendemain nous enterrions notre ami dans le petit cimetière de Beauséjour où nous mettons tous nos morts. Quelques jours avant j'avais enterré mon ami Alexandre LANGRAND. Quelques jours après avec Pierre MASSE et l'abbé THIBAUT nous allons rechercher un officier, le lieutenant DUCAMPS de Saint-Pol sur Ternoise qui avait été tué le 8 février 1915. comme il était sur le parapet, l'abbé, seul est monté pour nous l'avancer, les allemands n'ont pas tiré, mais quelques minutes après nous étions copieusement bombardés.

C'est dans ce petit cimetière le long du Marson que je servais la messe de l'abbé THIBAUT notre aumônier, naturellement on était mitraillés et les assistants adossés à la crête devaient me penser bien brave. Je ne bougeais pas comme le célébrant mais je puis dire que je n'en menais pas large.

 

Il y aurait beaucoup à dire sur cette période tragique. Je n'oublie pas mais ne désire m'étendre, on a connu des moments très durs, même physiquement il faisait très froid, les cours d'eau gelés, il fallait casser la glace pour se laver à la rivière.

Tous les jours on évacuait sur Chalons des typhiques. Nous allions à Hans où Robert BOTTIN venait d'arriver avec un renfort, sommes heureux de nous revoir. Nous retournons à Wargemoulin pour la dernière fois nous logeons dans le clocher de l'église autour de la cloche, les allemands bombardaient dans notre direction sans toucher le clocher.

Enfin nous embarquons dans un autobus pour nous rendre au village de Sarry situé au Sud-est de Chalons sur Marne. Nous y passons trois jours. Robert BOTTIN, fiévreux, complètement épuisé est évacué sur Chalons, je l'accompagne sur la route quand un brave homme avec une voiture à cheval a bien voulu le prendre. Je l'ai vu s'éloigner, heureux de cette aubaine. Je ne l'ai plus revu. Le 6 avril on l'enterrait.

Nous retournons à Beauséjour que nous quittons définitivement le 21 mars au soir. Nous embarquons en autobus pour Champigneul

 

Le 25 mars 1915 sommes passés en revue par le général JOFFRE. Elle avait été précédée le 23 par celle du général GUILLAUMAT qui remit à notre aumônier l'abbé THIBAUT la croix de la Légion d'Honneur.

 

Le 26 mars on nous vaccine contre la typhoïde. Le lendemain on nous embarque en autobus pour Vassimont où nous débarquons. Après une marche nous embarquons à Sommesous, passons à Bar-Le-Duc et descendons à Longueville pour loger à Ressons. Le lendemain à Marat la Grande puis à Rignaucourt le 1er avril 1915.

 

Le 2, vendredi saint à Dugny, le jour de Pâques, le 4 avril nous logeons à Moulainville (les habitants sont peu aimables).

Le lundi, prenons abri dans les bois, il pleut et le terrain est fortement détrempé. Le soir couchons à Ville en Woevre, y passons le lendemain. Partons le 6 pour Hennemont où nous arrivons de nuit, y restons trois jours sous les bombardements. Un obus arrive dans la maison où je reposais dans le sous-sol. Seul un plancher nous séparait de la pièce du dessus qui fut retournée et je reçus un nuage de poussières, puis le bombardement cessa sans qu'il y eut de blessés. Mais j'étais très fatigué, épuisé, faisant de a dysenterie. L'aumônier THIBAUT m'accompagne à l'infirmerie où le docteur juge de m'évacuer, le 8 au soir je partais de Verdun où après une nuit passée dans les hangars de la gare je fus dirigé sur Is sur Tille dans la Côte d'Or par le train. La salle où l'on était en observation de trouvait dans l'orangerie du château.

Une infirmière que l'on appelait Jeanne de l'orangerie donnait les soins et un brave curé venait nous visiter. Quelques jours après, certains allaient mieux et le moral et le moral meilleur. Un seul était très pris. Je venais de lui prendre la température quand il rendit le dernier soupir. L'infirmière en eut beaucoup de chagrin, c'était son premier mort qu'elle voyait.

 

Le 4 mai 1915 nous partons tous en convalescence à Bézouotte où le curé FOURNIER avait mis la salle de patronage à notre disposition. Nous y restons deux mois et faisons connaissance des familles BINET, GARNIER et BOLLOTTE. Le temps se passe en promenades dans la campagne et le soir assistons au salut avec l'orphelinat et participons aux chants que j'accompagne avec ma clarinette. Mais cela ne dure pas toujours et après l'inspection d'un major nous devons évacuer les lieux. Nous devions rejoindre nos dépôts de régiments. Pour moi c'était Saint-Priex. Nous changeons de train à Lyon où avec PASTUREAU je suis allé visiter le basilique de Fourvière.

 

Le 3 juillet, arrivée à St-Yrieix où je reste quelques jours en dépôt avant de rejoindre ma compagnie.

 

Le 27 juillet à Jumilhac des renforts sont demandés pour le 100ème RI. Comme je désire rejoindre mon régiment le commandant RENAUX me fait un ordre de transport individuel et le 26 août je retrouve mon régiment à Cormicy. A peine installé, le village est bombardé et devons nous rendre aux abris dans le haut du village.

 

Le 27 août bombardement de la mairie. Il y a de nombreuses victimes.

 

Le 30 août nous tenons le secteur de Sapigneul où l'on commence à faire des parallèles de départ pour faire croire à l'ennemi que nous allons attaquer. Je vas au poste de secours à l'écluse de Sapigneul. Faisons un abris sous la RN 44 et le transport des blessés. Nous allons au repos à Cormicy où pendant huit jours jusqu'à minuit je suis de garde pour assurer la marche des voitures de ravitaillement. Le lieutenant [GAILLEQUE] est blessé mortellement à l'écluse de Sapigneul, on le ramène à Cormicy où je suis allé le voir.

 

Le 24 septembre, préparation d'artillerie pour simuler une attaque qui ne se produira pas.

 

Le 25 octobre le régiment est relevé laissant une centaine de morts, pour rejoindre les cantonnements de repos à Prouvy. Les jours suivants donnons concerts à Trigny, Pévy, Prouvy.

 

Le 1er novembre, vais voir mon frère avec monsieur PRUDHOMME .

 

Le 2 novembre, allons chanter la messe des morts. Monsieur PRUDHOMME ayant fait une chute est évacué à Sapicourt ambulance de l'écrivain et de Georges DUHAMEL.

 

Le 3, allons chanter la messe des morts à Pévy.

 

Le 13 novembre le régiment relève le 33ème à le cote 108 et Berry-au-Bac. La musique loge dans les grottes le long du canal de l'Aisne. Inondation des boyaux et des grottes; avons la visite de Franchet d'ESPEREY. Sommes en plein guerre de mines.

 

Le 6 décembre à 4h40 deux formidables explosions déchirent la terre. Deux mines viennent de sauter. 7 soldats et le sous lieutenant BERTIN sont tués. Une vingtaine de blessés. Le commandant FRÈRE qui dirige le secteur n'avait laissé en première ligne qu'un rideau éclairci de guetteurs, ramenant la défense sur la seconde ligne. Quelques hommes s'étant précipités sur l'entonnoir, l'ennemi n'attaqua pas. Suis allé avec l'abbé THIBAUT pour dégager le sous lieutenant BERTIN écrasé dans son abri mais il ne fut pas possible de le retirer. Nous ramenons les blessés et enterrons nos morts. Je suis alors désigné le 14 décembre comme téléphoniste au poste de l'église de Berry-au-Bac qui occupe la crypte sous le cœur du maitre autel. Je vois mon frère brancardier au 201ème à son poste de secours près du pont en face d'une grande ferme où nous sommes allés à la messe de minuit le 25 décembre 1915.

 

Le 28 décembre 1915, bombardement par les allemands de Berry-au-Bac et des ponts pour nous couper de l'autre rive. Ils emploient de gros calibres. Le poste de secours du 201 est atteint. Je cours jusqu'à lui pour me rendre compte et trouve les infirmiers dans la cave où ils s'étaient réfugiés dès les premiers obus, heureux de retrouver mon frère sain et sauf. Quelques jours après je devais prendre mon poste à la côte 108 Est dans les tranchées. Puis le 16 janvier je partais en permission à Paris.

 

Le 21 février 1916, nous sommes relevés et allons cantonner à Vantelay.

 

Le 22 février 1916, heureux d'avoir quitté ce secteur de Berry-au-Bac et de pouvoir gouter un peu du grand repos. Celui-ci fut de courte durée, nous partions le lendemain à 5h à Romigny sous la neige par une marche interminable de 45 kilomètres qu'un contre ordre inopiné avait allongé le parcours. Ployés sous le poids du sac, cinglés par la bise, glissant sur un épais manteau de neige, plus d'eau dans les bidons, nous perdons une grande partie du régiment épuisé par la fatigue.

Je fais des efforts avec Jean LIBOUTON pour ne pas caler mais les forces m'abandonnent quand l'aumônier THIBAUT nous réconforte en nous disant vous êtes arrivés. Dans la nuit nous n'avons pas vu les baraquements. De suite nous nous couchons mais l'abbé nous fait lever pour manger la soupe qu'on nous apportait, ce qui nous réconforta.

Le lendemain à l'aube le régiment était alerté et les auto camions après avoir récupéré le gros du régiment qui n'avait pas suivi la veille rallia le 24 février la région de Vitry le François, Saint-Amand sur Fion, la bataille de Verdun était déclenchée. C'est là qu'est arrivé notre nouveau colonel. Colonel RAMPONT surnommé après "le colonel de Verdun".

 

Le 26 février 1916 nous débarquons par camions à Verdun. Les avions allemands au dessus de nous. Nous occupons les hangars du champ d'aviation que le personnel venait de quitter. Le régiment est en réserve du groupe GUILLAUMONT qui s'insère dans la 2ème armée sous les ordres du général PÉTAIN. Nous voyons de là le bombardement de la cathédrale par de gros calibres et de routes par où passent les renforts et le ravitaillement en munitions.

 

Le 2 mars 1916 allons à Belleville où le régiment entreprend la défense des dernières crêtes de Verdun entre le fort de Belleville et le fort Saint-Michel entre le bois Lecourtier et la cote de Froide Terre. Les bombardements continuent avec des 380 et 420 et de tous calibres. La mise en défense terminée nous relevons le 19 mars le 43ème RI en première ligne à la côte du Poivre. 2 bataillons prennent position sur la pente Sud. Les allemands tiennent le sommet. Le 3ème bataillon à droite assure la liaison avec le 162 dans les carrières d'Houdromont. Les compagnies de réserve occupent Bras avec le colonel. Allons chercher les blessés la nuit dans l'impossibilité de le faire le jour étant en vue des allemands, et sur ces routes bombardées de jour comme de nuit nous ramenons nos morts que nous enterrons dans un jardin à Bras à l'abri d'un petit mur.

 

Le 19 mars, un obus incendiaire met le feu au poste de commandement et tue deux soldats téléphonistes dont DUQUESNES mon copain de Berry-au-Bac.

Dans la grande rue en ruine où nous nous trouvons c'est par moment un ouragan d'éclatement d'obus de 77. je dois attendre une accalmie pour aller voir mon frère dont le poste de secours se trouve en face de nous. Nous logeons dans les caves de maisons en ruine couvertes d'un simple plancher.

Dans les airs nous assistons à d'autres duels d'aviation. NAVARRE est dans le secteur et a fort à faire. Déjà le 15 mars nous avons assisté à un drame aérien. Emportés par une brusque tornade, une vingtaine de saucisses françaises ayant rompu leurs amarres, filaient à la dérive vers les rives allemandes. Des parachutes s'ouvrent aussitôt, entourés par les avions allemands qui les mitraillent.

Nous redescendons nous reposer à Belleville, la rue principale est bombardée, le général SAURET qui habite en face de nous est grièvement blessé.

 

Le 29, le capitaine BERNARD de Cambrai est mortellement blessé. Nous l'enterrons à Bras et en creusant sa tombe nous nous demandions si elle serai pour lui ou pour nous, il fallait à chaque instant nous y précipiter pour nous mettre à l'abri. De la côte du Poivre nous ramenions un bon ami, le père SOUDANT que l'aumônier THIBAUT estimait beaucoup ce qui lui provoqua une grande tristesse, et un caporal brancardier avec qui j'avais passé la nuit la veille.

En ramenant nos morts et blessés nous devions nous méfier d'un endroit particulièrement repairé, près d'un cimetière et il fallait faire vite pour le passer. Malgré cela nous sommes tombés, avec un tué que nous ramenions en plein dans la rafale et avons eu juste le temps de nous jeter à terre pour l'éviter. Les ravitaillement en soupe renonçaient parfois à percer le barrage.

La veille de la relève au soir j'ai eu l'ordre d'aller chercher un blessé du 63ème RI au poste de secours "carrière" à l'Ouest de Douaumont ce qui m'a permis de découvrir le fort éclairé par les éclatements d'obus et les fusées et un secteur inconnu. Comment y suis arrivé dans cette nuit noire, je me le demande encore. Comme je ne pourrai encore préciser l'endroit exact.

 

Le 6 avril nous descendons des lignes par la route de Bras à Belleville et le dernier petit bois passé nous nous sentions soulagés. Pourtant pendant cela le 201ème qui était relevé également passait la nuit dans les hangars d'aviation que nous connaissions à notre arrivée. Un obus de gros calibre arrivait dans le noir au milieu d'eux, semant la panique en tuant une cinquantaine d'hommes.

 

Le 16 avril 1916, les camions nous embarquaient pour St-Dizier, c'était la fin de ce cauchemar. Arrivés de nuit on nous loge dans une brasserie où nous restons cinq jours. C'est la détente, nous donnons concert et j'ai le plaisir de revoir mon frère.

Embraquons pour Jaulgonne sur Marne, c'est là que notre ami GRUSON vint nous rejoindre et où j'ai trouvé un lit avec HAIGNERI dans lequel parait-il avait couché un prince allemand en 14. restons cinq jours, allons ensuite à Nelles puis à Magneux, ensuite à Jumigny. Travaillons dans les bois de Vassogne, donnons concert à Pargnan et Cuissy. C'est là que le nouveau chef de musique GUILLEMAIN pris contact avec nous le 13 mai 1916.

 

Le 20 avril 1916 le 1er RI relève le 18ème RI sur la face Sud du plateau de Vauclerc, le secteur était tranquille et nous venions pour l'organiser en vue d'une future offensive.

 

Le 20 mai nous étions au Nord de Oulches. Le bataillon de soutien garnit les bois du Moulin Rouge, les réserves à Beaurieux.

 

Le 27 juin nous avions la visite de deux parlementaires messieurs GALLI et SEYDOUX, c'était très amusant pour les poilus de voir deux civils dans le secteur. Allons ensuite à Paissy où je loge avec mon frère, recevons la première photo de la famille restée en pays envahi. Donnons concert à 400 mètres des allemands. C'est là que le colonel RAMPONT présenta sa musique au nouveau chef en ces termes : Je vous présent, monsieur le chef de musique, votre musique. Ce sont des hommes propres à l'intérieur comme à l'extérieur, je les ai vus à Verdun, ce sont des braves gens comme des gens braves, je vous les confie, assuré qu'ils seront entre de bonnes mains.

Appelé à conduire une mission en Russie, le colonel RAMPON abandonna le 30 juin la direction du régiment qu'il avait conduit à Verdun. L'ordre d'adieu qu'il adressa au régiment évoquât pour ceux qui qui l'on connu, cette belle figure d'homme et de chef.

 

Officiers et mes camarades,

En quittant le 1er Régiment d'Infanterie je me dois de vous remercier tous de votre volonté, de votre travail, de votre courage qui m'ont aidé à conserver intactes la réputation et la renommée du régiment.

Aussi c'est avec respect que je salue votre drapeau et que ne pouvant vous dire adieu à tous, j'étreindrai ce drapeau dans une pieuse accolade avec un immense respect et une profonde émotion.

Vous, mes camarades, braves soldats du Nord et de la France entière, que j'ai appris à connaître sous Verdun, souvenez vous que votre colonel vous a beaucoup aimé.

Vous messieurs les officiers, médecins et aumôniers du corps si brave et si dévoué, je vous salue.

Mes regrets sont atténués par la confiance inébranlable que m'inspirent vos trois chefs de bataillon, figures admirables et modestes, qui vous donnent l'exemple des plus belles vertus militaires, science, honneur, devoir et sacrifice et qui vous conduiront ainsi à la victoire.

Pour eux je n'aurai assez de reconnaissance.

Au revoir! Ma grande fierté sera d'avoir compté pendant cette guerre en tête des hommes de votre régiment.

Et maintenant je puis aller! Je sais en quelles nobles mains je remet la direction du régiment. Je salue joyeusement en votre nom le retour du colonel BRUIGNAC.

RAMPONT

 

Le 21 juillet 1916 partons pour Fismes, Vézilly, Damery, embarquer à Oeuilly. Nous débarquons à Crèvecoeur dans l'Oise et cantonnons à Viefvillers où nous passons quelques jours avant de partir pour Neuville sur Ouilly où nous embarquons en camions, passons à Amiens et arrivons au camp des Celestins pour la bataille de la Somme.

Le 3 août 1916 au cours d'une revue le général GUILLAUMAT décore le commandant MANGIN et BOUZOM de la rosette de la Légion d'Honneur. Il remet la croix au capitaine CARDON et la médaille militaire au sergent LEMONIE.

 

Le 7 août manœuvre de la division.

 

Le 9 août le régiment défile devant le général FOCH sur la route de Crèvecœur à l'intersection de la route Couty-Ailly. La musique se plaçant devant le général pour ce défilé.

 

Le 19 août le régiment de dirige sur le front pour relever le 9ème Zouave à Maurepas où une offensive a été déclenchée le 1er juillet sur un front de 60 kilomètres avec succès pour notre secteur depuis Maricourt sur la route d'Albert à Péronne.

Dans Maurepas le bataillon MANGIN occupe la droite. A gauche le bataillon FRÈRE qui a son poste au calvaire où je suis allé prendre contact. Le bataillon de JOB dans le ravin de la station, les sous lieutenants DUBOIS et CAGNARD sont blessés. Je transporte le capitaine DORR mortellement blessé.

 

Le 20 août le cycliste du commandant MANGIN vint nous voir où nous avions installé notre poste de relai.

 

Le 31 août pour le conduire à son commandant, ne connaissant pas sa position, mon équipe sort du gourbi pour l'accompagner et je suis attiré par un livre laissé par les zouaves, le temps de l'ouvrir, un obus arrive sur la route unique tuant le cycliste, blessant deux messieurs de mon équipe dont STRADI , l'ordonnance de l'aumônier DEREUX est grièvement blessé.

Mon équipe étant démontée je suis envoyé avec Alexandre LEMONIE au dernier relais avec une petite voiture sur la route de Maricourt pour le transport des blessés.

 

Le 22 août le commandant MANGIN est tué. CARDON prend le commandement du 1er Bataillon.

Bombardements, reconnaissances, combats durant les 23 et 24 août.

 

Le 25 à 4h 30 le bataillon se rallume, à l'aile gauche une cuve réservoir transformée en blockhaus par un groupe de mitrailleurs allemands entrave la progression. Quelques obus de 37 crèvent l'armature et réduisent les occupants. Ce n'est que dans la nuit que le succès se précise. Maurepas est entre nos mains. La 7ème compagnie gagne l'emplacement de la maison isolée sur la route de Combles.

 

Le 26 le général FAYOLLE cite à l'ordre de la 6ème armée le 1er Régiment d'Infanterie.

 

Relevé le 28 août par le 43ème RI le régiment bivouaque dans les bois de Maricourt. Nous avions perdu 400 hommes.

 

Le 28 août nous avons eu à la musique 7 tués et 8 blessés dont 2 mortellement : SARASIN et LECLERC ce qui fait pour le service de santé du régiment 29 hors de combat.

De Maricourt où nous séjournions, relevés le 28 août par le 43ème RI nous nous rendons à Bray sur Somme où nous restons du 4 au 13 septembre..

 

Le 15 septembre nous remontions en ligne dans le secteur de Combles et prenions position entre le bois Douage et la ferme Priez. Le village de Leforest ainsi que les bois d'Enderlu étant en notre possession, vais au poste de secours du bataillon dans la tranchée de l'hôpital où dans le ravin à droite je vois surgir à toute vitesse sous le bombardement l'artillerie qui se poste en avant vers Rancourt ce qui me rappelle les charges de cavalerie d'Empire et dont on reste impressionné.

 

Le 17 septembre Bois Douage.

 

Le 18 septembre le 3ème bataillon a pour mission de s'emparer du carrefour de Combles et de la Briqueterie. Le lieutenant MAYEUX est chargé de l'opération. Il laisse une reconnaissance dirigée par le sous lieutenant GUILLY seul officier disponible qui avec 15 hommes s'avança sous une pluie torrentielle et surprirent l'ennemi qui, pris de panique abandonna ce secteur. La compagnie put l'occuper sans pertes faisant 6 prisonniers dont 2 officiers. Le 110ème et 73ème RI n'avaient pu ébranler par deux attaques ce point stratégique laissant 800 braves.

 

Dans la nuit du 18 au 19 le bataillon CODEVILLE (1er Bataillon) réalisa un coup de main par l'adjudant SANTER et l'adjudant dit MISTRAL qui nettoyaient les emplacements de batteries sur la route de Frégicourt coupant le 26 septembre la dernière route d'évacuation de Combles et qui permettait la prise de ce village.

Cette nuit là l'aumônier THIBAUT fut blessé mortellement par un éclat d'obus dans la poitrine en évacuant un blessé. Il devait mourir après son passage au Bois d'Anderlu au poste de secours vers l'ambulance de Bray sur Somme.

Je me trouvais à ce moment là dans un poste de relai à l'Est du bois d'Anderlu dans un trou face à Rancourt. Nous ne pouvions bouger de jour sans être vus et devions attendre la nuit pour fonctionner.

 

Le 27 septembre les 2ème et 3ème bataillon reçurent l'ordre de prendre les tranchées des Portes de Fer et de Prilep au Nord-est de Frégicourt à 400 mètres du village. Opération mal préparée avec peu d'effectifs, fatigués, sans soutien d'artillerie, ce fut un échec. Le lieutenant CARRÉ commandant la 5ème compagnie fut grièvement blessé, remplacé par le lieutenant LARIVIÈRE qui y trouva la mort ainsi que le sous lieutenant OLIVIER. Seul le capitaine ALIGARD put occuper la tranchée de Frégicourt.

 

Le 30 septembre le régiment fut relevé pour le grand repos de Chantilly. Mon équipe occupait toujours son poste dans le bled en face de Rancourt sans que nous soyons avertis de la relève du régiment. C'est en allant au poste de secours du bois d'Anderlu que nous avions appris que nous étions relevés. Nous nous sommes rendus vers l'arrière et en arrivant au ravin d'Hardecourt nous avons rencontré les corps de LARIVIÈRE et OLIVIER que nous avons enterrés. Nous cantonnons à Vineuil près de Chantilly où nous dormons couverts.

 

Revue par JOFFRE le 14 octobre et remise de décorations aux commandants De JOB et FRÈRE (officiers de la Légion d'Honneur), croix de guerre aux lieutenants MAHIEUX et DÉFONTAINE et la croix de guerre au drapeau.

 

Le 16 octobre vais en permission à Paris et Foix.

 

Le 20 octobre le régiment embarque à Senlis pour St-Hilaire la Champagne où il occupe le Nord-ouest de Souain dans la quartier de l'Étoile.

 

Revue le 11 novembre par le général GOURAUD. Les lieutenants CARRÉ et GUILLUY reçoivent la Légion d'Honneur. Les adjudants SANTER et dit MISTRAL la médaille militaire ainsi que le soldat BUIRETTE.

 

Le 28 novembre le régiment va au repos à Courtissols où il demeura un mois en instruction.

 

Le 8 décembre 1916 sommes vaccinés contre la typhoïde.

 

Le 10 vais à la Cheppe voir mon frère et suis de retour à 5h. manœuvres à minuit.

 

Le 21 décembre ma belle-sœur et ses enfants sont rapatriés à Annemasse.

 

Le 24 sommes toujours de repos à Courtissols. Allons l'après midi à la répétition pour la messe de minuit à la basilique de l'Épine puis à 20h allons chez l'aumônier THIBAUT pour réveillonner et passer une bonne soirée avant d'assister à la messe de minuit. Nous rentrons dans nos cantonnement à 2h.

 

Le 25 à 10h reprenons la route du front vers Suippe par Bussy le Château.

 

Le 5 janvier 1917 prenons position en face se Ste-Marie à Py secteur de l'Étoile avec relève à la ferme de Piémont en passant par la ferme des Vacques. Il fait très froid, tout gèle, vin et pain.

 

Le 31 janvier 1917 en étant à la ferme de Piémont nous recevons des gaz asphyxiants émis sur les russes à Auberive. Nous assistions au salut dans un baraquement quand nous perçûmes de l'agitation à l'extérieur puis l'annonce des gaz; comme nous n'avions pas pris nos masques, nous dûmes regagner nos cantonnements en nous couvrant la face de nos cache nez et en faisant du feu pour chasser la nappe de gaz. Les permissionnaires qui débarquaient à Suippe durent en faire autant pour ne pas être intoxiqués. Peu de ravage dans les rangs du 1er RI.

 

Le 15 février par un froids âpre et piquant nous prenions la direction de Lary où nous étions alertés en arrivant et quatre heures plus tard les autos nous embarquaient vers l'inconnu. Il ne s'agissait qu'une opération de détail de la part des allemands sur Maison de Champagne et la côte 185 pour la prise de l'observatoire sans suite. Le régiment n'eut pas à intervenir.

 

Après huit jours passés à Saint-Jean sur Tourbe et à Hans, il gagna par étapes la région de Romain-Beauvieux où de grands travaux préparatoires à l'offensive avaient commencé.

 

Le 17 mars 1917 je pars en permission à Landerneau chez monsieur DEBRIL et rencontre le 21 mon ami Simon qui se trouve au dépôt comme secrétaire.

 

Le 22 mars je vais au Tréport voir Thérèse et les enfants rapatriés. Yvonne me dit mon oncle Maurice tu ressembles tout à papa (c'est à cause de l'uniforme?) puis elle ajoute maintenant va t'en dans les tranchées. Elle avait quatre ans.

 

Le 7 avril 1917, j'ai 22 ans, le lendemain c'est Pâques. Il y a un an nous sortions de Verdun.

 

Le 15 avril sommes sous la tente bombardés depuis 3 jours. Prenons position en face du plateau de Californie devant Craonne que nous attaquons le 16 avril 1917 à 6h.

Le bataillon CODEVILLE doit enlever le Jutland et la compagnie ALIGARD occuper Craonne. En soutien le bataillon DE JOB et, en réserve, le 2ème Bataillon ALLARD.

Au Jutland le 1er Bataillon CODEVILLE emporte la 1ère ligne mais n'avance que pas à pas dans les boyaux de communication. La compagnie ALIGARD se hisse péniblement au Sud de Craonne. Le lieutenant HINAUT de la 2ème Compagnie est blessé à Craonne.

Les compagnies MAHIEUX et BLIN renforcent la face occidentale du Jutland dur bataillon COUDEVILLE.

La compagnie DUTEMPLE se porte à l'Ouest de Craonne. Dans le ravin sans nom le bataillon ALLARD accroché au Sud du Jutland est pris dans le barrage ennemi, déjà 400 hommes hors de combat.

Le capitaine FOQUE, le capitaine MAHIEUX ainsi que le lieutenant BLIN sont blessés.

Le commandant DE JOB quoi que blessé reste à son poste.

 

Le 17 avril après midi l'ennemi recule vers 17h. la résistance mollit, l'attaque du 201ème sur la tranchée du Balcon a jeté momentanément le désarroi dans ses rangs. Le lieutenant EMONET en profite, les talonne jusqu'au Chemin des Dames. Il est blessé mais le reste du bataillon peut s'installer en bordure du plateau. La ligne a fait un bond de 400 mètres.

Le 3ème Bataillon commandé maintenant par le capitaine MANCERON en profite pour occuper le chemin creux à l'Ouest de Craonne. Seul le village résiste toujours aux efforts des compagnies ALIGARD, DUTEMPLE et PARIS. L'église et le cimetière bourrés de mitrailleuses empêchent le débouché sur la grande route. Une tentative de la compagnie GUILLERY pour les prendre à revers dans le prolongement oriental de la tranchée des Dames échoue sous l'intensité des mitrailleuses.

 

Le 18 la bataille sommeille pour rebondir le 19 à la crête du plateau de Californie. Les compagnies PARIS et DELAGE du 1er Bataillon CODEVILLE, GUILLY et DUMETZ du bataillon DE JOB s'élancent à l'assaut de la tranchée d'Hasloch en liaison sur la gauche avec le 33è RI. Elles abordent la position et dépassent mais à gauche le 33ème plie et le 1er pris d'enfilade doit se replier sur la tranchée des Dames.

 

Exténué et diminué du tiers le 1er RI fut relevé le 22 avril par le 43ème RI ayant perdu 779 hommes dont 16 officiers.

Il gagna par étapes les bords de la Marne puis la région de Montmirail où il reçut un renfort de la classe 1917.

 

Le 10 mai 1917 Albert part au Tréport

Du 14 mai au 10 juin 1917 il séjournât au camp de Mailly. Au cours d'une revue par le général LACAPELLE le commandant ALLARD reçut la rosette de la Légion d'Honneur. Les capitaines DUTEMPLE et MANURON Furent faits Chevalier.

 

Le 10 juin le 1er RI se rendit par étapes à Lesmont, à Fontaine-Fourche et Villuis. Où il séjournât jusqu'au 27 juin date à laquelle il s'embarquât à Provins pour se rendre sur l'Yser. Il débarquât à Bergues le 27 juin, le lendemain il fut transporté par auto à Westvleteren.

Le 1ère armée française formée des 1er corps et 36ème était sous les ordres du général ANTOINE et devant coopérer avec l'armée GOUGH.

 

Le 4 juillet le 2ème Bataillon ALLARD prend position devant Steinstraat.

 

Le 6 juillet le bataillon CODEVILLE relève le 18ème de Ligne belge dans le secteur de l'Het Sas puis repos du 17 au 29 juillet.

 

Le 5 juillet le colonel de musique et une compagnie ont escorté le drapeau à une réception du roi d'Angleterre à Rex Poëde.

 

Le 6 août : Bambeck

 

Le 14 août remise de la fourragère de la croix de guerre pat PÉTAIN au champ d'aviation où nous avons vu GUYNEMER.

 

Le 23 août revue par Douglas HAIG. Visite de POINCARRÉ et rendons les honneurs en gare de Calais au roi des belges.

 

Le 30 août retournons en ligne. Le bombardement étant commencé il ne restait plus rien des tranchées et les allemands avaient évacué.

 

Le 31 juillet à 4h24 le bataillon ALLARD s'élance en liaison à droite avec le 233ème et à gauche le 33ème RI.

Les compagnies PARIS et DOCHE sont en tête suivant à 200 mètres le rouleau compresseur. Premier bond sans perte. A 5h48 nouveau bond avec arrêt dans le bois des Tilleul et triangulaire. Le bataillon GUILLOT éxécute un passage de ligne. A 6h30 les compagnies MAHIEUX et DUTEMPLE s'élancent à l'assaut de la ferme des Tilleuls et du Charme et occupent la tranchée Kortesser et la ferme des Lanciers. Saut de 3 kilomètres exécuté sans pertes sensibles. Les jours suivant la pluie fit son apparition et le terrain imperméable se transforme en marécage où l'on s'enfonça jusqu'aux genoux.

 

Le 6 août le 1er fut relevé et remontait en ligne le 22 août.

 

Du 14 septembre au 4 octobre le régiment fut mis au repos à Langatte.

 

Le 29 septembre jouons au théâtre des armées.

 

Le 4 octobre remontons en ligne.

 

Le 16 octobre sommes relevés où dans un baraquement à 4h du matin à la lueur de deux bougies on me remit ma première citation.

 

Nous remontons le 19 octobre où je reçus l'ordre d'aller chercher deux intoxiqués par les gaz au poste de secours de la ferme des Tilleuls. Le parcours par le boyau est assez long, il serpente pour éviter d'être pris en enfilade. Ces boyaux consistent en sacs de terre au dessus du sol puisqu'on ne peut creuser à cause de l'eau, ainsi en étant aux Lanciers je décide d'aller droit en plaine en direction des Tilleuls, le trajet est plus rapide, il faut le risquer malgré que nous soyons vus des allemands. Tout se passe bien et décidons de repartir chercher le deuxième. Sur le point d'aboutir nous sommes repérés et pris dans un barrage de 105 près d'un petit pont sur le Loobeck, un obus à deux mètres me couche par terre, un éclat me traversant la cuisse gauche, un autre le bras droit, le troisième m'enlevait un morceau de chair sur le coté droit. Mon ami LECOMTE qui m'accompagnait en avait reçu un dans la fesse. Comme le sang coulait en abondance je me suis fait faire un garrot et appeler les deux brancardiers qui nous suivaient à cent mètres pour m'emporter sur le brancard que je portais. Je parvins ainsi au poste de secours des Lanciers qui était à 200 mètres où l'on me fit un pansement. Le médecin chef AZAM était là avec le major ALPHONSI. Il était 10h30, il me fit transporter de suite à son poste des Tilleuls pour vérifier le garrot et refaire les pansements. Il nous avait devancés et c'est lui qui me reçut pour tout vérifier craignant que l'artère fémorale soit coupée.

Il me fit accompagner jusqu'à l'ambulance par mon ami LADSOUS avec ordre de me prendre d'urgence et de m'opérer de suite. A 15h30 j'étais sur la table d'opération et je me réveillais dans un grand baraquement au milieu d'une quarantaine de blessés. Le lendemain soir nous avions la visite d'avions allemands qui venaient de bombarder l'ambulance faisant quelques victimes.

 

Le 24 octobre je sortais de l'ambulance à Wayemburg où je prenais le train pour l'hôpital de Paris Plage (l'Hermitage) où nous débarquions le soir.

Quelques temps après j'avais la visite de M. et Mme MUGNIER dentiste à Cambrai puis de M. LARIVIÈRE dont j'avais enterré son fils comme elle même s'était occupée de faire enterrer Robert BITTIN à Chalons (curieuse coïncidence).

Les BURLION vinrent également le 10 décembre 1917 ainsi que mon frère qui était descendu du front et avait pu avoir une permission le 10 novembre 17.

Au bout de quelques temps je pouvais sortir en petite voiture et je commençais à abandonner les béquilles.

Paul BURLION était venu et m'avait invité à déjeuner le midi au restaurant. Comme il était midi et que nous pouvions sortir après le souper, je n'ai pas vu d'inconvénient de sortir avant mais il fallait paraît-il une permission que je n'avais pas demandée à l'infirmière chef qui a du être vexée et qui m'a dit que le médecin avait demandé après moi (ce qui est faux) et qu'elle lui a dit que j'étais parti sans permission. Il n'en a pas fallu plus pour que le docteur lui donne satisfaction en me faisant partir sans convalescence avec une simple permission que je prenais à Paris. En réalité je n'étais pas guéri, la plaie de la jambe était à peine refermée et n'étais pas encore bien solide sur mes jambes.

 

Le 18 décembre au soir avec quelques sortants j'ai du regagner à travers la forêt la gare d'Étaples et je prenais ma permission chez mon oncle.

La veille de regagner mon corps, je vais passer une visite, le major ne me regarde pas et me dit qu'avec une permission il ne peut me donner de prolongations comme avec une convalescence. Je lui ai demandé de bien vouloir constater dans quel état se trouvait ma blessure, ce qu'il n'a pas refusé et il me dit je ne peux vous accorder qu'une prolongation de 48h pour que vous puissiez passer une visite d'hospitalisation aux Invalides. Deux jours après je me présentais donc aux Invalides dans une grande salle où à une grande table étaient réunis une quantité de majors. Celui qui m'avait visité était là et me reconnaissait s'est avancé vers moi en m'indiquant que la commission avait décidé de m'hospitaliser au Grand Palais pour rééducation par des séance de mécanographie.

 

Début mars j'étais désigné pour me rendre au centre de réforme de Clignancourt et quelques jours après la commission me déclara inapte à l'infanterie et qu'il m'affectait dans l'artillerie lourde.

 

Le 6 et le 8 mars 1918 je quittais Paris. Il me fallait donc rejoindre mon petit dépôt qui se trouvait dans la région de Villers Cotterêt à Péroy-les-Gombries qui devait m'affecter à une unité d'artillerie lourde à tracteur. Que c'est il passé? Il manquait un vaguemestre et l'on me demandât si je voulais en assurer la fonction. Je ne pouvais qu'accepter, puis on oublie mon changement d'armes.

 

Le 17 mars je prenais ma permission pour Landerneau puis le 2 juin une autre pour Paris. Bezonotte au retour le 17 juin. Notre train a été bombardé en gare de Crépy en Valois par un avion et arrivons sur le quai de la gare près du passage à niveau quand une bombe écrase le buffet de la gare, une autre sur le quai près du train que nous occupions. Allons passer la nuit dans un refuge et regagnons Villers Cotterêt où nous sommes allés vor avec un copain de Cambrai monsieur OUALLE que nous connaissions et qui tenait avant 1914 un restaurent à 18 sous sur la Place au Bois. Il avait évacué et s'occupait de ravitaillement. Nous fumes bien reçus, il nous offrit le café et en partant nous remit une pièce de 5 francs ce qui nous fit grand plaisir. Nous ne l'avions plus revu depuis quoique notre dépôt se trouvait à quelques kilomètres à l'Ouest de là.

 

Le 1er juillet le régiment se trouvait à l'Est de la forêt de Villers Cotterêt après une retraite mouvementée et put reprendre l'offensive entre Longpont et Corcy où la compagnie CARRÉ enleva brillamment la côte 118 et le pâté de maisons à l'Ouest de Corcy.

 

Le 10 juillet la compagnie RAGOT du 201ème remporta un magnifique succès sur la Grille ferme ce qui permis au 1er de progresser sur la rive occidentale de la Savière depuis Longpont jusqu'à la station Est de Corcy.

 

Le 18 juillet les armées MANGIN et DEGOUTE crèveront ce flanc Ouest de la poche de Château-Thierry. Le 1er RI enlève Violaine et le bois des Brussettes et s'engage le 19 dans la vallée de Nadon, Bois de la Folie et St-Rémy où s'établit le bataillon GENAIS puis se glisse jusqu'à la Garenne Fontenay suivi par la division LEMAY.

 

Le 20 juillet le commandant GENAIS est tué et les compagnies de tête se portent ferme Martimpré qu'elles ne peuvent tenir. Attaques et contre-attaques les compagnies SCHER et CARRÉ sont très éprouvées.

 

Le 21 juillet 1918 à 16h30 les combats continuent. Le bataillon BONNAFOUS doit se porter sur la ferme Martimpré, le bataillon LEMAY au Sud du Plessier-Huleu.

Prise de la côte 188 et de la ferme Martimpré. Les 5 et 6ème compagnies sont violemment bombardées dans la Garenne du Plessier. La compagnie CARRÉ réussit à déboucher sur la route et se porte sur la droite. La compagnie SCHERS qui, partie de la Garenne Fontenay a percé le barrage et a occupé les premières maisons à la lisière Ouest du Plessier et s'infiltre dans la partie Sud de la route. Dans la soirée les débris de la 6ème achève la conquête du village.

 

Le 22 juillet accalmie de la bataille, les feux interdisent l'exploitation immédiate du succès.

 

Le 23 à 5h le bataillon BONNAFOUS bondit sur la côte 148, nettoie le bois qui la couronne et progresse vers le talus su chemin de fer qu'il ne peut aborder découvert sur la droite et mitraille.

 

Le 24 à 3h30 il renouvelle par le Nord de la côte 148 mais il est arrêté par une contre-attaque. Le capitaine BONNAFOUS est tué et son bataillon massacré. La compagnie CARRÉ comble un trou dans les lignes françaises et maintient jusqu'à la relève du 26 au 27.

Depuis je 9 juillet j'avais ordre de regagner mon dépôt d'artillerie à St-Mames puis Moret pour faire mon instruction et le 18 août j'avais une permission pour Poitiers où mon parrain venait de rentrer de captivité le 28 juillet. Retour le 1er septembre.

 

Le 15 septembre je pars en renfort près de Soissons à Belleu mais comme il s'agissait de l'artillerie à cheval et que certains avaient un changement d'armes pour l'artillerie lourde à tracteur, ce qui était mon cas, nous dûmes retourner à notre dépôt de Moret.

 

Le 10 novembre 1918 nous partons en renfort.

 

Le 11 novembre faisons hale à Revigny et débarquons ensuite à Neufchâteau où nous sommes incorporés au 46ème RAT. Je pars en permission et rejoins à Gros Guerau où l'on m'accorde une permission pour les pays envahis.

Après un long voyage au milieu des destructions je débarque à Cambrai où je vais passer la nuit chez BIRON le directeur de l'école Ste-Croix.

Le lendemain, apprenant que mes parents sont à Bousignies sur Roc près de Cousoire.

Je prends à la Porte Notre-Dame un camion se dirigeant sur Valenciennes puis un autre sur Bavay, ensuit un se dirigeant sur Maubeuge, ce qui me rapprochait, mais je dus faire à pied le reste de la route, et c'est la nuit que je frappais à la porte de la maison où logeaient mes parents.

C'est ma mère qui demandât qui était là, malheureusement elle reconnut ma voix et m'ouvrit avec tous les débordements qu'une pareille rencontre pouvait provoquer en pleine nuit après une séparation de plus de quatre années dans de pareilles circonstances.

Le lendemain nous étions sur le retour et à midi nous arrivons à Cambrai. Devant rejoindre mon corps et eux continuer sur Paris, nous nous séparâmes dans l'espoir de nous revoir bientôt. Mais mon voyage ne fut guère facile, je reprenais la direction de l'Est pour me rendre à Wiesbaden, voyage de trois jours et nuits où nous devions faire l'occupation et y séjourner quatre mois. Ayant durant ce temps, le 20 avril 1919 profité d'une nouvelle permission.

 

Je quittais Wiesbaden pour le camp de Bitche où je suis resté jusqu'au 22 mai 1919 pour rejoindre ensuite Clermont-Ferrand en attendant la démobilisation.

 

Le 4 juin 1919 j'accompagne un prisonnier à Montluçon.

Après quelques jours à Clermont on nous envoya dans un camp à la Fontaine du Berger où j'ai pu bénéficier de quelques permissions pour Paris er Cambrai mais le temps nous semblait long, on démobilisait par classes et il a fallu beaucoup de patience. On n'avait rien à faire et nos pensées étaient au retour.

 

Enfin le 30 juillet 1919 je reçus un ordre de transport pour Saint-Omer pour être démobilisé. Ainsi se termina cette longue période de service militaire commencée le 20 octobre 1913 et pendant laquelle nous dûmes subir une longue guerre avec toutes ses difficultés que seuls ceux qui l'ont faite peuvent comprendre. Nous laissions derrière nous de nombreux morts parmi lesquels beaucoup d'amis fauchés en pleine jeunesse et dont le souvenir reste toujours aussi vivace. On ne peut oublier et nous en sommes toujours restés marqués. Dommage que tant de sacrifices ne nous ont pas évité une seconde guerre et servir de leçon. Mais les peuples, s'ils ne sont responsables, leurs gouvernements par leur incurie sont les grands fautifs, ils ont permis à l'Allemagne son réarmement qui était interdit par le traité de Versailles.

Ils l'ont durement payé par des destructions qu'ils n'avaient connus durant la grande guerre et leurs nombreuses victimes. Puisse l'Angleterre avoir compris ! la France n'a pas su s'imposer et a du subir une nouvelle invasion.

 

Ces lignes ne sont un recueil d'historien mais une image vraie de ce qu'a été ma vie durant la guerre de 14-18.

Ce qui importe est de la faire revivre au jour le jour pour apporter un témoignage et en conserver le souvenir pour ne pas oublier ceux qui en subirent les pires épreuves avec courage et abnégation, parce qu'ils étaient unis les uns aux autres par des liens ardents, d'une solidarité et d'une fraternité qu'on n'avait jamais connues jusqu'alors et que plus jamais on ne reverra, parce qu'ils avaient mis en commun leur idéal, leurs joies, leurs souffrances, leurs espoirs.

 

Il faut souhaiter que les générations qui nous suivront ne soient pas les acteurs ou les victimes d'un nouveau conflit qu'on ne peut pas redouter.