Mars 1915

Le lundi 1er mars 1915 , le gouverneur ordonne le recensement complet de la Ville.

 

 

Mardi 2, la canonnade a repris depuis quatre jours, faible et lointaine, plus forte ensuite vers Arras.On parle de succès français à Verdun, de la reprise de Laon, de l'entrée des français à Péronne.

 

 

Le 3 mars, la canonnade a commencé à cinq heures vers le Nord-Ouest. Elle a continué toute la journée. Les français auraient poussé une reconnaissance jusque Flesquières et fui à Cambrai, on entendait les mitrailleuses.

 

 

Jeudi 4, en attendant, les privations se font sentir, la viande manque et va encore se faire plus rare. Le pain est moins mauvais, on s'y habitue et on trouve moyen de frauder sur la quantité. Nous sommes soumis à un régime de compression de plus en plus tyrannique. Les allemands en arrivent aux enlèvements difficiles, car les dernières sont plus pénibles que les autres. Ce système de payer ce qu'ils prennent avec de la monnaie de singe et de revendre les choses au triple de leur valeur excite le juste courroux de tous.

 

 

Vendredi 5 mars, le curé d'Anneux, monsieur BOUTTE a été arrêté et enfermé à la Citadelle. Les allemands ont subi une défaite importante à Varsovie.

 

Les allemands auraient gagné 1 600 mètres à Lorette au Nord d'Arras et ont fait 538 prisonniers, coulé un vapeur français chargé de munitions. Les français auraient repris du terrain à Vitry En Artois.

 

 

Le samedi 6 mars, une escadre franco-anglaise a forcé les Dardanelles et s'est avancée de 20 kilomètres dans le détroit. Les pertes sont minimes.

 

 

Dimanche, on dit que sur la ligne de Marquion, les trains ne dépassent plus Quéant.

 

 

Lundi 8, les émigrés qui doivent être rapatriés en France libre ne partiront que le 12 mars 1915 emportant 35 kilos de bagages

 

 

Mardi 9 mars, les allemands ont réquisitionné l'Église Saint-Géry pour le culte protestant.

Église Saint-Géry sous l'occupation

Photo collection personnelle

 

 

Le mercredi 10, d'importants mouvements de troupes se dirigent sur Valenciennes.

 

Le "Suffren" aurait fait tomber le fort Sultan (Aux Dardanelles). Plusieurs cambrésiens ont résolu de profiter des 120 places autorisées par les allemands dans un train de rapatriement vers la France libre.

 

Le Suffren

Photo internet

 

 

Jeudi, sur ces entrefaites, la kommandantur envoie la note pour les approvisionnements que le magasin d'Étapes a fournis aux troupes et qu'on met, comme toujours, à notre charge. Elle s'élève à 219 000 marks, pour la période du 4 janvier au 28 février : comme on a donné en acompte 120 000 marks, il en reste dû 99 000, que l'on somme de verser dans les plus brefs délais.

Cela fait donc 250 000 francs pour l'entretien des troupes pendant moins de deux mois. Effrayé d'une charge si écrasante, le conseil municipal a envoyé au gouverneur une lettre rédigée par M. DESJARDINS, pour lui exposer la situation lamentable de la Ville. Cette lettre restera sans réponse.

 

Grand branle bas des émigrés et des personnes de la Ville en partance pour la France libre.

 

 

Samedi 13, aujourd'hui ont lieu les funérailles du commandant BARRIER du 71ème RI. Le cortège est parti de la rue Saint-Lazare jusqu'au cimetière Saint-Sépulcre escorté et suivi par les autorités allemandes.

 

 

Le dimanche 14 mars, le culte protestant a été célébré aujourd'hui pour la première fois à Saint-Géry de 8 heures à 10 heures du matin. Une foule de soldats remplissait l'église. Il avait fallu enlever le Saint-Sacrement, et dire les messes de 8 heures et de 9 heures dans la chapelle des catéchismes qui est beaucoup plus petite.

 

 

Le lendemain lundi, les allemands prennent de plus en plus possession de l'air et du sol cambrésiens : leurs aéroplanes ne font qu'évoluer dans notre ciel et leurs soldats que circuler dans nos rues, par petits détachements, allant à l'exercice ou en revenant. Toujours, par suite d'ordres sans doute, ils chantent, à une ou deux voix, leurs chœurs de marche, leur Gloria surtout rythmés au bruit cadencé de leurs pas lourds. Ou bien, ils sifflent, tous ensembles des airs favoris. Parfois ils sont précédés d'un fifre dont les notes aigues, mêlés aux roulements sourds d'un tambour, vous déchirent les oreilles. Tambours et fifres passent quelquefois en bandes et vont s'exercer hors de la ville, du coté du champ de manœuvres de la Buse. Il y a aussi des clairons, mais on ne les voit jamais jouer en avant des troupes. Tous ces musiciens ont pour caractéristique en haut des manches, près de l'épaule, une sorte de bourrelet blanc, rayé perpendiculairement de noir.

 

Le canon a encore grondé après-midi mais dans quelle direction ?

 

 

Mardi 16, on dit que les forts des Dardanelles sont tombés au pouvoir des troupes alliées, que Constantinople sera bientôt pris par nous, et que l'Italie, la Roumanie, la Grèce, vont se ranger à non cotés. Les allemands, eux, déclare que l'Italie va marcher avec eux. Que croire ?

Des soldats creusent des tranchées en haut des faubourgs Saint-Druon et Saint-Ladre. Ils ne craignent pourtant pas une attaque de ce coté ?

 

Sur une lettre de protestation de M. DELESALLE, qui est le Maire de Lille, l'amende de 500 000 francs pour la manifestation lors de l'arrivée des prisonniers français, a été doublée. Les 500 premiers mille francs doivent être versés le 20 courant et les 500 mille autres pour la fin du mois; en cas de non exécution de ces paiements, les habitants seront consignés chez eux à partir de trois heures de l'après-midi!

En attendant, vingt quatre otages couchent à la Citadelle.

 

 

Le mercredi, les émigrés partis le 12 mars ont été amenés à Peruwelz et qu'ils y attendent leur départ.

 

 

Jeudi 18, le curé de Cantaing a été arrêté hier soir.

Monsieur Roger De FRANQUEVILLE de Bourlon a été transféré à Wiesbaden. Sa femme, son beau frère l'abbé de Mun et les autres membres de la famille ont été renvoyés en France en passant par la Suisse.

Monsieur Auguste PAGNIEZ, fabriquant de sucre à Caudry a été arrêté.

 

Le canon se fait encore entendre presque sans interruption mais très loin.

 

 

Le vendredi 19, aucune commune n'est capable de payer les sommes réclamées par nos maitres. Le 8 courant, la mairie de Cambrai a reçu l'ordre de verser hier, dernier délai, le reste de la contribution imposée; elle a répondu que cela lui était absolument impossible, et la lettre du Maire énumère les lourdes charges que l'on fait poser sur Cambrai. Devant cette fin de non recevoir, le trésorier allemand a insisté pour qu'on fit preuve de bonne volonté en donnant au moins un acompte; on lui a versé aujourd'hui 3 500 francs. Il ne se contentera sans doute pas de cela.

 

 

 

A suivre...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CAMBRAI HISTOIRE

 

 

La vie à Cambrai pendant la première guerre mondiale

MARS 1915