Novembre 1914

Dimanche 1er novembre 1914, à défaut de sonnerie de clocher, on a entendu la nuit dernière et toute la journée la grande voix du canon.

 

Le lundi, la kommandantur avait fixé à 1,35 F la valeur du mark : une nouvelle affiche la ramené à 1,25 F, dans les termes suivants :

 

Jusqu'à nouvel avis, 100 marks de monnaie, allemande valent 125 fr. en or, billets de banque, argent ou billon de monnaie française ou belge,

Etappen-Kommandantur,

30 Octobre 1914

 

 

Le canon a été entendu toute la journée et très fort malgré le vent contraire.

 

Les allemands annoncent que la Turquie a déclaré la guerre aux puissances alliées. Le canon tonne très fort dans la direction de Douai.

 

2 novembre 1914.

À la ville de Cambrai,

 

Il ne pourra être donné une réponse affirmative à la demande adressée à l'inspection des étapes en date du 25 octobre, visant la dispense de payer la somme de 59 748,95 F.

Ainsi qu'il appert des annexes, il a fallu approvisionner des détachements de troupes allemandes pendant treize jours consécutifs du mois d'octobre en s'adressant au dépôt de l'armée, étant donné qu'il y avait impossibilité pour ces troupes de se procurer les subsistances à Cambrai, malgré la possession des bons de réquisition.

Les dépenses causées au dépôt de l'armée proviennent ainsi du fait que la ville a manqué son obligation de pourvoir aux subsistances des troupes cantonnées à Cambrai.

Par conséquent, le prix des vivres que le dépôt de l'armée a fournies à la place de la ville doit être remboursé des fonds de la commune.

La somme de 59 748,95 F sera versée à la trésorerie de campagne de la ville, dans un délai de huit jours.

Georges Desjardins

 

 

Mardi 3, monsieur DEVAUX et son fils ont été arrêtés pour avoir laissé entrer des pigeons dans le colombier, ce qui donne lieu à l'ordre suivant :

 

 

 

 

 

Les allemands éditent un journal rédigé en français et en allemand destiné aux belges et aux français. Il porte le titre "Le Réveil". Le deuxième numéro est paru ce jour.

La canonnade a duré toute la journée au Sud-ouest. Un aéroplane allié est passé à quatre heures à faible hauteur. (Émile Delval)

 

 

Le lendemain mercredi 4, une sœur infirmière allemande arrive de Metz et s'étonne d'entendre que cette ville serait aux mains des français.

 

Jeudi, une affiche est placardée aujourd'hui :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La ville de Cologne aurait été bombardée par les alliés.

 

Le vendredi 6 novembre, les Allemands veulent se retrancher fortement sur toutes leurs positions, notamment autour de Lille; ils réclament (c'est leur exigence d'aujourd'hui),

40 000 mètres de fil de fer et 25 000 sacs vides. Comme on refuse de leur livrer ces moyens de défense contre les nôtres, ils envoient leurs gendarmes perquisitionner chez les négociants qui peuvent avoir ces articles et enlever ce qu'ils trouveront.

Canonnade faible mais qui devient furieuse à sept heures et demie du soir.

 

 

Samedi 7, on a affiché un télégramme expédié de Douai .par l'empereur Guillaume lui-même pour annoncer un succès de la flotte allemande sur la flotte anglaise... au Chili ! Nous n'irons pas vérifier.

Depuis avant-hier, un avis s'étale sur nos murs, demandant, pour fortifier Lille, des terrassiers, charpentiers et forgerons; on leur promet 1 mark par jour, plus la nourriture et le logement, ou 4 à 5 francs s'ils ne sont pas nourris : on les invite à se présenter à la kommandantur. À la louange de nos ouvriers cambrésiens, je dois dire que pas un n'a répondu à cet appel. Comment peut-on avoir le cynisme de provoquer des Français à travailler contre leur patrie ?

 

Les Allemands, par voie d'affiches dans les deux langues, annoncent un succès de leur marine sur les côtes chiliennes. Ils semblent y attacher une grande importance, car outre la nouvelle, le texte allemand comporte « un hourrah pour leurs jeunes hommes bleus » et un triple hourrah des troupes de terre en l'honneur de la première victoire maritime de l'Allemagne, tout cela signé "Guillaume".

 

La Russie aurait adressé un ultimatum à la Bulgarie. Le croiseur cuirassé anglais "Monmouth" aurait été coulé et le croiseur "Good Hope" avarié.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le HMS Monmouth

Photo collection personnelle

 

le HMS Good Hope

Photo collection personnelle

 

 

Le dimanche, le général HELLINGRATH a quitté Cambrai , pour Valenciennes avec toute l'inspection d'étapes, le service de la poste, etc. À cause de cela; il y a moins d'officiers en ville et nous n'aurons plus à payer que 3 000 francs au lieu de 5 000 pour leur indemnité quotidienne de nourriture.Depuis hier, à la grande surprise de notre quartier, des trains commencent à circuler sur la ligne de Marquion : il en est passé deux ou trois dans la journée.

 

 

 

Le lundi 9 novembre, les allemands affichent les chiffres suivants des prisonniers alliés internés en Allemagne à la date du 1er novembre 1914

 

 

officiers

 

soldats

 

total

Français

 

3 138

 

188 628

 

191 756

Russes

 

3 121

 

186 779

 

189 900

Belges

 

537

 

34 907

 

35 444

anglais

 

417

 

15 173

 

16 130

 

 

 

 

Total général :

 

433 230

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce soir on entend le canon comme hier. On paraît se battre mollement entre Saint-Quentin, Péronne, Albert, Bapaume. Il reste sans doute de ce côté peu de troupes en présence. De part et d'autre, elles sont remontées vers le Nord.

 

 

Mardi, le gouverneur a fait placarder une affiche où il fixe des prix maxima auxquels les commerçants doivent se conformer. Voici quelques extraits de ce tarif :

 

•Viande de bœuf : 1 fr. 50 à 2 fr. 10 le kilo (suivant qualité)

•Viande de veau : 2 fr. à 2 fr. 80 le kilo.

•Viande de porc frais : 2 fr. 80 le kilo ;

•jambon : 6 fr. le kilo.

•Beurre : 3 fr. 60 le kilo ;

•pommes de terre : 0 fr. 15 le kilo.

•Repassage d'une chemise : 0 fr. 25 à 0 fr. 30 ; d'un mouchoir : 0 fr. 05 ; d'un faux-col : 0 fr. 10.

•Barbe : 0 fr. 20 ; taille de cheveux : 0 fr. 50.

•Ressemelage avec talon (chaussure d'homme) : 4 fr. 50.

 

C'est, en général, plus élevé que les prix courants actuels, mais on appliquera ce tarif à nos occupants, puisque ce sont eux qui l'ont fait établir.

Exemple de nouvelles abracadabrantes : on affirmait ce matin que les français étaient à Somain : on tenait cela d'un prisonnier qui venait d'arriver, qui était sergent, bien mieux, cambrésien et faisait partie du 1er régiment de ligne : on citait son nom !..

Mieux encore : le gouverneur aurait dit en propres termes à une de nos concitoyennes : "Dans huit jours, vous reverrez votre sal général Pau et vos pouilleux de français" (sic) !

 

Le mercredi 11 novembre, mon impression, dit Jules Hélot, est que nous avons plus de troupes que ces jours derniers. Le canon tonne dans la direction de Lens. Leurs affiches, datées du 8, disent qu'ils ont gagné du terrain du côté de Lens, Lille et Ypres; ils annoncent des victoires sur mer et font l'énumération des prisonniers : 188 000 français, autant de Russes, 35 000 Belges et 15 000 Anglais ; du bluff, sans doute!...

 

Jeudi, malgré un terrible orage qui a duré toute la nuit, la canon a quand même retenti, semblant très proche.

Hier soir, puis cette nuit jusqu'à 2 heures, et ce matin, on a entendu très fort le canon dans la direction de Lens, mais nous ne savons rien.

Le bruit du canon ne cesse pratiquement plus, toujours en direction d'Arras-Lens. À Sailly, à Raillencourt et à Sainte-Olle, des hommes auraient été enlevés.

 

 

Le vendredi, 13 novembre, les journaux allemands publient, et nos occupants se hâtent de nous communiquer un "appel aux nations civilisées", signé par les "représentants de la science et de l'art allemands". Dans ce long factum, les intellectuels d'outre-Rhin nient absolument que l'Allemagne ait :

1° provoqué la guerre,

2° violé la neutralité de la Belgique,

3° lésé un seul citoyen belge,

4° détruit Louvain,

5° violé le droit des gens,

6° pratiqué le militarisme.

Rien à répondre à des assertions d'une telle impudence : on ne réplique point à celui qui nie l'évidence.

 

On nous dit que le sous-préfet, M. ALIEZ, n'est plus artilleur à Dunkerque, mais qu'il est à Lille attaché à la préfecture. Pourquoi n'est-il pas où il rendrait bien des services?, Il eût sûrement, par sa collaboration, rendu plus efficace le zèle de chacun.;

Le temps est bien mauvais pour nos pauvres soldats.

On dit que les armées alliées ont été victorieuses à Ypres et qu'une bataille très meurtrière a eu lieu à Vimy, entre Arras et Lens, mais nous ne savons rien de précis. On ne peut tirer aucune conclusion de ce qui se passe ici.

 

Certaines maisons de Caudry ont souffert de la bataille du 26 août; des civils ont été blessés et, dans les communes proches de Bertry, de Beauvois, de Clary, d'Haucourt, il y aurait même eu des assassinats, surtout des pillages, en quantité.

 

 

 

Samedi 14, pour la première fois depuis l'occupation, nos marchandes de légumes, "les faubourtières", ont repris leurs emplacements ordinaires : jusqu'à présent, pour laisser libre la Grand'Place, où stationnaient souvent des convois, elles s'installaient tout au bord des trottoirs, le dos tourné aux maisons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le nouveau Commandeur, un "général major", est entre en fonctions, car je viens de recevoir, comme maire de Noyelles, des instructions signées de lui, prescrivant la remise à la Kommandantur d'un relevé détaillé du bétail de la commune.

 

Dimanche, des allemands annonçaient hier la prise d'Arras : ce. n'est pas la première fois qu'ils le disent, on n'est donc pas obligé de le croire. En tous cas, cette ville doit avoir beaucoup souffert. Estimons-nous heureux ici de n'avoir .pas subi de bombardement. Il est vrai que nous ne sommes peut-être pas au bout de nos peines.

 

 

Le lendemain lundi, 16 novembre, journée de vent, de pluies continuelles, de rafales, de ruissellements. Journée triste... comme les cœurs.

 

Le nouveau Commandeur, le général SCHÖTLL, paraît un peu vieux, peu habitué au travail, s'en tenant à la lettre stricte de ses instructions, fuyant toutes les responsabilités, toutes les initiatives. On va être malheureux avec lui, on ne pourra rien obtenir.

M. RAMETTE, lors de son voyage à Valenciennes, n'a pas été très bien reçu par le colonel SCHENIK, chef d'état-major de l'Inspection des étapes. Il a simplement obtenu que M. LAHURE passe devant un deuxième conseil de guerre.

Quand serons-nous libérés ?

 

 

Le mardi, 17 novembre, monsieur LAHURE, secrétaire des hospices et du bureau de bienfaisance avait autorisé le 13 novembre, un jeune cambrésien de 17 ans à franchir les lignes. Le messager a été arrêté aux environs de Péronne, ce qui entraina l'incarcération de monsieur LAHURE et l'intervention de monsieur RAMETTE.

 

Chaque commune devra présenter jusqu'au 19 courant un relevé exact de la quantité de bestiaux disponibles dans les communes de l'étendue de l'étape. Pour la race bovine, il y a lieu de faire la distinction entre vaches laitières, animaux de trait, animaux gras, bêtes jeunes. Pour les moutons et porcs, il faudra distinguer entre les bêtes pleines. et non pleines, respectivement entre animaux à la mamelle ou non.

En cas d'indication inexacte, tout le bétail en état d'être abattu dans la commune délinquante sera confisqué, et sans que ladite commune ait droit à aucun bon.

En cas de données sincères, on remettra pour chaque bête au propriétaire un bon de réquisition bien spécifié.

 

Des affiches, datées du 16, annoncent une grande victoire allemande en Pologne, un grand nombre de prisonniers et la capture d'un important matériel de guerre.

 

Le mercredi, nous avons un nouveau; gouverneur. Mais nous n'en sommes pas plus fiers pour cela! Le colonel KIRCHGESSNER nous a quittés le 15 et il est remplacé par le général SCHÖTLL. Gagnerons-nous au change ?! KIRCHGESSNER se laissait parfois attendrir... par une bouteille de vieux cognac, car il ne dédaignait pas l'alcool; défendu aux troupiers de deuxième classe. Une affiche de nouveaux succès de nos ennemis: ils déclarent qu'ils viennent de battre les Russes et qu'ils leur ont mis 35.000 hommes hors de combat. Et nous qui, comptions sur ces alliés !

On raconte que le Président de la République, M. POINTCARRE, accompagné de M. MILLERAND, s'est rencontré à Dunkerque avec le roi des Belges et lord KITCHENER. Ils ont proclamé l'indéfectibilité de l'Entente et décidé la temporisation : on évitera les grands combats, on épuisera les ennemis au détail, on les laissera s'user. Tout cela est fort bien, mais nous qui sommes sous le joug, nous qu'on opprime et qu'on pressure, nous qui souffrons de toutes les manières, on nous oublie donc ?... Nous ne sommes pas prêts de voir la fin de nos maux.

 

 

Jeudi 19 au matin, sur le boulevard de Berlaymont, on a trouvé le cadavre d'un soldat allemand qui s'était suicidé.

 

 

Le vendredi 20 novembre, jamais nos nuits n'ont été si silencieuses : la circulation est interdite aux français de neuf heures du soir à six heures du matin, il ne passe pas de troupes en ce moment; "il n'y a donc personne dans les rues, ni hommes, ni voitures; c'est le calme absolu, le silence profond que rien ne vient troubler. On n'entend même plus au loin la voix du canon".

 

On dit que décidément nous sommes à Noyon et à Roulers, à l'est d'Ypres. On voudrait obtenir une confirmation de ces bonnes nouvelles.

 

 

Samedi, le lait se fait de plus en plus rare. Le gouverneur a fait placarder l'affiche suivante :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche 22, Il y a aujourd'hui un important mouvement de troupes vers le sud. De nombreux convois entrent en ville, venant de la direction de Cantimpré; des trains passent sans cesse, allant vers. Busigny, et emportant des hommes, des canons, des munitions. Les optimistes crient bien haut que c'est un recul, que les armées rentrent en Belgique par Erquelines. Comment le savent-ils ? Je crois plutôt que l'ennemi porte ses troupes sur un autre point pour attaquer ailleurs. Pourvu que les nôtres s'en aperçoivent et se mettent en mesure de résister!

Les gens qui voient tout en rose annoncent déjà que Lille et Douai doivent être repris. Ils vous abordent tout rayonnants, et, après vous avoir serré rapidement la main, après avoir jeté autour d'eux un regard furtif, ils vous chuchotent à l'oreille que la situation est superbe! L'ennemi bat en retraite et regagne la Belgique; les Russes, renforcés par les Japonais, foncent sur Berlin à marches forcées, culbutent tout sur leur passage, comme une trombe de fer. Les français, après avoir hissé le drapeau tricolore sur les cathédrales de Metz et de Strasbourg, envahissent au pas de course le grand-duché de Bade ; les Anglais se concentrent au nord en masses compactes et vont, eux aussi, entrer en danse. Ce sera bientôt la grande curée, la fin de la Germanie; et d'ici un mois nos soldats rentreront dans leurs foyer couronnés de lauriers!

 

Le canon tonne sans discontinuer à distance, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Quelle peut bien être la destination des troupes descendues par le chemin de fer du Nord, vers Busigny? Il serait passé prés de 150 000 hommes de toutes armes.

 

 

Le lundi 23 novembre, la lettre adressée récemment par la municipalité de Cambrai aux autorités allemandes a fait l'objet d'une réponse :

 

23. novembre 1914.

 

Il y a lieu d'informer la mairie de Cambrai que la décision du 2 nov 1914 d'après laquelle la ville devra payer à la caisse de guerre la somme de 59 748,95 F reste en vigueur.

Le montant de 20 000 F est payable de suite en espèces ou en papier. Le reste de 39 748,95 francs dans le délai de trois jours en bons de la Chambre de Commerce de Cambrai.

 

Signé : Comte De Montgelas

Lieutenant général et inspecteur d'Étape

 

 

Il fallait donc s'exécuter et la somme de 20 000 F fut versée le 27 novembre. Mais avant de verser le solde on décida d'essayer d'obtenir la remise de 14 000 F environs dépensés pour installation de l'hôpital allemand de Proville et pour la création de nouveaux fours de boulangerie au Bon Pasteur.

Georges Desjardins

 

 

Mardi 24, pas de "24 de Sainte Catherine" aujourd'hui.

On annonce la mort de monsieur Paul BERSEZ, ancien maire de Cambrai.

(NDLA. Monsieur Paul BERSEZ décédera en 1940 durant la seconde guerre mondiale).

 

 

Mercredi, vingt bateaux pleins de charbon sont dans le port de Cantimpré, confisqués par les allemands.

Les russes seraient entrés en Galicie. Les autorités allemandes ont ordonné à la mairie l'application obligatoire de l'heure allemande par toute la population.

 

 

Le jeudi, les allemands arment les forts Sainghin, font des terrassements importants et préparent des tranchées.

 

 

Vendredi 27, depuis le 26 août 1914, on a inhumé dans la concession du Souvenir Français au cimetière Saint-Sépulcre 604 combattants dont 175 français, 25 anglais et 404 allemands.

Le canon a tonné l'après-midi.

On occupe toute l'Alsace et trois ponts de bateaux sont jetés sur le Rhin (!!).

 

Le journal allemand "Frankfurter Zeintung" parle de combats en Artois et dans les Flandres belges. On cite les communes de Carency, d'Ablain-Saint-Nazaire et Lorette ainsi que Nieuport et l'Yser.

On se bat à Arras, à Lens et même à La Bassée.

 

 

Le samedi 28 novembre 1914, monsieur Jules HÉLOT est proposé par les allemands comme sous-préfet de Cambrai. La nouvelle lettre suivante fut donc adressée :

 

23. novembre 1914.

 

Le Maire de Cambrai

À monsieur le général Schöttl, gouverneur de Cambrai

 

J'ai donné hier connaissance au conseil municipal de la lettre du 23 novembre de l'inspection des Étapes de Valenciennes, relative au paiement par la ville de Cambrai de la somme de 59 748, 95 F représentant des dépenses de fournitures faites aux troupes allemandes par les magasins de la Gare.

 

Le conseil m'a chargé de vous régler la somme de 20 00 francs en espèces ou en papier et de vous proposer de vous régler le reste soit 39 748,95 francs en bons de la Ville.

 

Le conseil m'a chargé également d'appeler votre attention sur les dépenses importantes que vient de faire la Ville pour l'aménagement d'un hôpital pour typhiques dans la blanchisserie Saint-Roch (9050 F) et de celle également importante, (5 000 F environs) que la Ville fait en ce moment pour la construction de deux fours pour boulangerie dans l'établissement du Bon Pasteur, route de Solesmes.

 

Je viens, en son nom et au mien, vous demander de bien vouloir faire entrer en déduction ces deux sommes de celle de 39 748, 95 F qui vous restera due après le versement de 20 000 F.

 

Persuadé que vous saurez reconnaître tous les sacrifices faits par la Ville pour contribuer au bien être de vos troupes, je me permets d'espérer que vous voudriez bien lui accorder la déduction qu'en son nom, je vous demande.

 

C'est dans cet espoir que je vous prie d'agréer, monsieur le gouverneur, l'assurance de ma considération très distinguée.

 

Signé : V. Ramette, adjoint

 

Cette lettre restera sans réponse jusqu'au 28 décembre.

 

Le lendemain dimanche, les allemands ont occupé la maison inhabitée de monsieur Cirier, avocat, rue des Capucins. Monsieur CIRIER est prisonnier à Maubeuge.

Deux magasins ont été pillés par l'ennemi : Mme LEHMBRE négociante en lingerie et blanc rue de l'Arbre d'Or et madame Armand PARENT.

 

 

Lundi 30, hier soir la kommandantur a fait placarder en ville et dans les communes voisines la communication suivante :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le conseil municipal délibère sur la question de la demande de ravitaillement d'adresser au gouvernement suisse. Les quatre conseillers de la minorité, messieurs DELIGNE, CARON-BONNEL, CARDON-DUVERGER et TRIBOU (père) avocat sont opposés à ce projet. Monsieur Jules HÉLOT, président de la chambre de Commerce fait pencher la balance en faveur de l'acceptation du texte.

 

 

Mardi 1er décembre, on lit avec surprise si les murs de la ville, l'affiche suivante :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sous-préfet de Cambrai, M. ALIEZ, est, en effet absent. Il se trouvait à Lille au moment de l'invasion; et a demandé à l'autorité allemande l'autorisation de rejoindre son poste : on l'a appelé à Valenciennes, puis au lieu de l'envoyer ici, on lui a assigné Saint-Amand comme résidence, avec défense d'en sortir.

M. HÉLOT a accepté la charge que lui ont offerte les Allemands : il veut par là rendre service à la population c'est incontestable. Mais on se demande pourquoi cette désignation a été faite non par le Préfet, mais par nos ennemis, et pourquoi ils ont évincé M. ALIEZ. Le monde officiel voit la nomination d'un mauvais œil et déclare à qui veut l'entendre, qu'elle est désapprouvée catégoriquement par le Préfet du Nord. La position de M. HÉLOT va être bien délicate ; il se heurtera probablement à des défiances prolongées et à des oppositions irréductibles.

 

 

Le mercredi 2, voici les nouvelles que l'on se transmet, copiées et recopiées à foison :

 

Du "Phare de Calais " (15 novembre): "250 000 alliés sont arrivés sur la ligne de feu avec le général GALLIENI de sorte que JOFFRE dispose, dans le Nord, de 550 000 hommes et s'apprête à chasser l'ennemi de Douai et Valencienne. (pourquoi pas de Cambrai?)

 

Le 2ème régiment de génie a détruit la voie- ferrée entre Lille et Ascq.

La Reine des Belges est morte au Havre.

Le général PAU forme une armée en Argonne pour couper aux allemands leur retraite vers le Luxembourg.

Les ennemis, lors des derniers combats dans le Nord, ont eu 120 000 hommes hors de combat et 7 800 prisonniers.

Nos troupes occupent l'Alsace et vont entrer en Bavière; trois ponts ont été jetés sur le Rhin; 20 000 Allemands ont péri.

L'heure de la délivrance est proche, affirment. les généraux JOFFRE et FRENCH. La gigantesque bataille se poursuivra en Allemagne, et là, nous sommes sûrs du succès".

Et voilà !... Mais il y a mieux!

Voici en effet un Communiqué officiel (? ?) du 22 novembre :

"Dans le Pas-de-Calais, les Allemands battent en retraite vers Marchiennes et Orchies et refusent le combat. Les derniers engagements ont eu lieu entre Orchies et Valenciennes; ils ont été défaits complètement et nous leur avons fait 7 500 prisonniers. Les français passent à l'offensive pour reprendre Lille, Douai, Valenciennes et Cambrai (cette fois, ça y est!). GUILLAUME rappelle ses troupes : les Français et les Russes envahissent l'Allemagne de chaque côté".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Le phare de Calais"

Photo internet

 

 

Temps pluvieux, affreusement triste. Il n'empêche pas la canonnade d'être très vive en direction de Bapaume, cette foi.

L'approvisionnement alimentaire se fait chaque jour plus difficile; des denrées essentielles : huile, beurre, sucre, farine, deviennent introuvables, sauf à des prix exorbitants que bien des gens, comme nous, ne peuvent payer.

 

 

Jeudi, aujourd'hui, on annonce que nous avons repris Péronne. Hier, c'était Bapaume.

Il y a deux jours, grand émoi à l'hôtel de ville, à cause d'une menace de contribution de guerre : les allemands auraient trouvé dans le corps de garde, inhabité depuis l'invasion cinq cartouches de dynamite. Ils prétendent qu'elles sont françaises. Enfin, à la suite de perquisitions faites dans l'hôtel de ville, ils ont bien voulu admettre qu'il n'y a pas là de conspiration.

 

 

Vendredi 4, on prétend que M. HÉLOT, ne voulant pas devoir sa nomination à l'ennemi, refuse la charge de sous-préfet. D'autres disent au contraire qu'il exerce déjà ses fonctions et a envoyé aux maires un questionnaire écrit auquel ils doivent répondre, ainsi que l'indication des jours ou ils devront venir le trouver.

 

Cette nuit plusieurs aéros allemands profitant d'un clair de lune magnifique, ont survolé Cambrai. Ils procédaient à des exercices plutôt qu'à des manœuvres d'observation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La vie à Cambrai pendant la première guerre mondiale

NOVEMBRE 1914