Année 1870

 

CAMBRAI HISTOIRE

 

 

CAMBRAI 1870 - 1871

 

 

ANNÉE 1870

 

Avant le conflit

 

 

1er janvier 1870 :

Cambrai s'éveille au début du mois de janvier 1870 comme le font tant de petites villes de province. Sous-préfecture du département du Nord, elle est dirigée par une municipalité dont le maire est monsieur BRABANT. Celui-ci gère les intérêts de la ville comme il sied à cette époque, en respectant scrupuleusement les ordres et décrets impériaux émanant de sa majesté NAPOLÉON III au déclin de son règne.

La presse locale qui compte déjà "LA GAZETTE DE CAMBRAI" s'enrichit d'un nouveau titre, le "LIBÉRAL DE CAMBRAI", journal d'opposition placé sous la direction de monsieur Éric ISOARD.

Ce même jour, monsieur COUSIN, professeur de 6ème au collège est nommé Officier d'Académie.

 

Le 4 janvier, monsieur le maire de Cambrai rappelle aux possesseurs de chiens qu'ils doivent en faire la déclaration à la Mairie avant le 16 janvier. Le 7, monsieur PINARD, député du Nord, donne au bureau de bienfaisance de Cambrai une somme de mille francs qui, conformément à ses instructions, seront employés à l'achat de charbon à distribuer à tous les indigents inscrits sur les listes de cette administration. Le 10, un énorme scandale éclate à Paris et éclabousse un peu plus la famille impériale. Le journaliste Victor NOIR, rédacteur au journal "LA MARSEILLAISE", venu au domicile du prince Pierre-Napoléon BONAPARTE pour y arranger les conditions d'un duel, est abattu à coups de pistolet par le Prince lui-même qui se constitue prisonnier et est conduit à la Conciergerie.

Cet assassinat soulève l'indignation des républicains tant à Paris qu'en province.

Le 12 janvier, les obsèques de Victor NOIR à Neuilly donnent lieu à des manifestations qui frisent l'émeute. Emmenés par Henri ROCHEFORT, des milliers de parisiens suivent le cortège funèbre au chant de la Marseillaise et aux cris de "Vive la République", "A bas les BONAPARTE", "A mort l'assassin".

Le 16, le colonel D'ARGUESSE prend le commandement du 24ème régiment de Ligne cantonné à la Citadelle de Cambrai. Le 20 janvier, une émeute éclate au lycée de Douai. Les étudiants républicains ayant décidé d'organiser une collecte en vue d'ériger une statue à la mémoire de Victor NOIR, des troubles se produisent. Tous les élèves des classes supérieures sont licenciés et rendus à leurs parents. Le 24, l'agitation gagne Cambrai. Une troupe théâtrale doit donner une représentation "le chevalier de Maison Rouge". Considérant qu'il s'agit là d'une provocation, les républicains ont l'intention de manifester leur désapprobation en provoquant des incidents.

Dès 17 heures il n'y a plus une seule place de libre à l'intérieur de la salle de théâtre. Les spectateurs se bousculent devant la porte et des pugilats ont lieu. À l'extérieur on entonne le "chant du départ", la "Marseillaise" et d'autres refrains révolutionnaires. Et cependant, le spectacle se déroule sans incident.

 

Le chant du départ

 

 

Le 25 janvier, monsieur Jules BRABANT, maire de Cambrai, donne un grand bal en "son Hôtel de la place Fénelon". Madame BRABANT et ses filles se font remarquer dans leurs ravissantes toilettes. Les invités dansent jusque trois heures du matin et le bal se termine par le traditionnel cotillon suivi avec entrain. Le 27, sur la place d'Armes se déroule à midi une revue militaire. Le colonel du 2ème régiment de Dragons la précède en compagnie des officiers récemment nommés. Le 29, monsieur Paul de la BRUNIÈRE est nommé notaire à Cambrai en remplacement de monsieur Philippe-Louis BRULLEY de la BRUNIÈRE, son père, démissionnaire, par décret impérial du 8 janvier. Le lendemain 29, le Bureau de Police s'installe dans ses nouveaux locaux situés dans les bâtiments de l'Hôtel de Ville, rue de la Prison, à coté de la station télégraphique.

 

Le 1er février 1870, monsieur MASSON, ancien préfet, est nommé préfet au département du Nord en remplacement de monsieur SAINT-PAUL, sénateur, chargé de l'administration du département dont la démission a été acceptée. Monsieur MASSON est le seul préfet qui avait eu le courage de démissionner après le coup d'état du 2 décembre 1851. le 5, monsieur Gustave BOONE, négociant à Cambrai qui, en août 1869, avait sauvé un enfant de la noyade dans le canal de St-Quentin, près de l'écluse de Cantimpré, est décoré de la médaille d'argent de 2ème classe que lui accorde l'Empereur sur proposition du ministre de l'Intérieur. Le lendemain dimanche 6, quelques officiers du 2ème Dragon déjeunaient dans un salon particulier de l'Hôtel de France, vers midi et demie. Ils étaient arrivés au dessert lorsque le lustre et une partie du plafond s'écroulèrent dans un bruit effroyable et vinrent tomber sur la table, cassant vaisselle, bouteilles et verres. Par chance, aucun convive n'est blessé. Le 7, le journaliste Henri ROCHEFORT, farouche adversaire du régime bonapartiste est arrêté à Belleville, ce qui provoque une émeute à Paris où des barricades sont érigées. La police procède à 400 arrestations.

Le 12, à huit heures du soir, les cambrésiens peuvent admirer un phénomène rare, une superbe aurore boréale. Certains y voient un mauvais présage. Le 14, une nouvelle pièce de 25 francs est mise en circulation. Elle remplace la pièce d'or de 20 francs qui continuera cependant à subsister. La nouvelle pièce s'appellera l'Empereur ou la "Sterling". Le lendemain 15, les premières bornes-fontaines font leur apparition à Cambrai. Elles sont bien accueillies par la population. Cependant, l'une d'entre elles est installée à l'entrée de la Petite rue Saint-Martin, gêne la circulation. La rue est devenue impraticable aux voitures.

 

borne-fontaine
borne-fontaine

 

Le 22, un accident comique alimente les conversations. Place au Bois, une boutique est fermée et un écriteau porte la mention suivante : "fermé pour cause de promenade". Renseignement pris, il s'agit de le vengeance d'une épouse en colère. Son mari étant parti "au cabaret"; madame est allée se promener. Il suffit de bien peu de choses pour amuser la galerie.

 

Le 10 mars, à l'occasion l'anniversaire de la naissance du Prince Impérial, il est accordé par l'Empereur un jour de congé dans tous les lycées et collèges de l'Empire. Ce congé est fixé au mercredi 16 mars.

Le dimanche 27, une cavalcade est organisée à l'occasion de la Mi-carême par la jeunesse cambrésienne au profit des pauvres avec le concours de la garnison. 540 personnages costumés parcourent les rues de la Ville à pied ou dans des chars. On y remarque un Phatéon (fils d'Hélios), le bœuf gras, des nerviens, le char de l'Agriculture trainé par des bœufs, le char de son Excellence Sir HANNÉTON, le char des produits de l'industrie cambrésienne, le char de Gambrinus, le char de Batiste CAMBRAY, le char des imprimeurs et le char de Merlin.

La fête se termine par un magnifique feu d'artifice. La recette des offrandes s'élève à 2 383,77 francs.

 

Le 2 avril 1870, le conseil municipal adopte les conclusions de monsieur PARSY sur la question des octrois dont le maintien est voté à l'unanimité.

Le conseil autorise le Maire à souscrire aux conditions imposées par le ministre de la guerre pour la plantation d'arbres de l'allée St-Roch sur la lisière du terrain de manœuvres. Le lendemain à l'Hôtel de Ville se tient la réunion de la société de Secours Mutuels des Voyageurs Employés de Commerce.

Le 5, le général de brigade COLSON, commandant le département du Nord vient à Cambrai procéder à l'inspection trimestrielle des troupes de la garnison. Il commence par l'Infanterie et rend visite le lendemain à la Cavalerie. Il passe les troupes en revue et leur fait effectuer des manœuvres sur le terrain bordant l'allée St-Roch.

Le 10, l'Empereur décide qu'un recensement aura lieu en 1871. celui de 1866 avait fait apparaître que la population de la France s'élevait à 38 067 064 habitants dont 22 207 à Cambrai.

 

Le mardi 19, un nouveau phénomène se produit dans le ciel de Cambrai. Entre 23h05 et 23h10, un bolide ayant le forme d'une boule de feu illumine la ville. Sa grosseur est celle d'une balle en caoutchouc.

Arrivé à 200 mètres du sol environ, cet aérolithe éclate comme une bombe emplissant le ciel d'une éclatante et superbe lumière bleue. Les fragments de l'aérolithe, violemment séparés, continuent leur chute à des distances rapprochées mais inégales. Puis la lumière s'éteint subitement et le ciel reprend sa sérénité.

Le 23, une proclamation de l'Empereur décide qu'un plébiscite aura lieu le 8 mai en vue d'approuver les "réformes libérales" et de sacrifier le sénatus-consulte du 20 avril.

Le 27, un "comité du plébiscite" se réunit à Cambrai. Il est destiné à appuyer l'initiative de l'Empereur et est ainsi composé :

 

Président Monsieur WALLERAND, conseiller municipal de Cambrai et président de la Chambre Consultative des

Arts et Manufactures de Cambrai.

 

Vice-président Monsieur LELEU, conseiller général du Canton Ouest de cambrai

 

Secrétaires Monsieur Paul VILAIN, rédacteur à la "Gazette de Cambrai"

Monsieur A. HATTU, rédacteur de "l'Émancipateur"

Monsieur Charles PETIT, négociant

 

Trésorier Monsieur Charles ROTH, banquier

 

Membres Monsieur PINARD, député du Nord. Monsieur Léandre BRICOUT, conseiller municipal

Monsieur VATIN, conseiller d'Arrondissement. Monsieur LALLIER, ancien président du Tribunal

de Commerce. Monsieur BOITELLE, adjoint au Maire de Cambrai. Monsieur LIÉNARD,

conseiller municipal. Monsieur MONNIEZ (père), propriétaire. Monsieur MARÉCHAL, conseiller

municipal. Monsieur HATTU (père), président du conseil des Prudhommes. Monsieur Édouard

FONTAINE, négociant et conseiller municipal.

 

Le 30 avril, un "comité Anti-Plébiscite" est constitué à son tour à Cambrai. Sous le sigle "Comité Libéral", il fait distribuer un nombre considérable d'exemplaires d'un texte recommandant de voter NON. Cependant, les partisans de l'Empereur continuent à se manifester et de nouveaux adhérents viennent grossir les rangs du "Comité du Plébiscite". Ce sont messieurs

Louis CRÉPIN, conseiller général et maire de Noyelles,

Charles CRÉPIN, maire de Proville,

MALLEZ-MALLEZ, propriétaire à Cambrai,

QUINCHON père, propriétaire

Henri BONNEL, propriétaire,

Charles BONNEL, propriétaire,

BONNEL père, maire de Morenchies,

DRON, propriétaire,

RODRIGUES, maire de Sancourt,

MILLOT, notaire à Cambrai,

FABRE, receveur à Cambrai,

DUMONT, propriétaire,

DELEAU, propriétaire,

DELESALLE, percepteur,

DELIGNE, imprimeur,

LEMPEREUR, rédacteur du "CAMBRÉSIS",

CARLIER, maire de Solesmes,

BASQUIN, négociant à Cambrai,

TELLIER, conseiller général et maire de Carnières,

Auguste CRÉPIN, propriétaire,

Félix QUEULIN, conseiller municipal de Cambrai,

LERMOYER, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées,

SEYDOUX, maire du Cateau,

CHEVAUX,

Louis DUCHANGE, conseiller municipal,

MILLOT, maire de Clary,

HARDY, médecin,

HANNOIS, médecin,

ROTH, banquier et conseiller municipal,

RENOUD, propriétaire et gérant de la "GAZETTE DE CAMBRAI",

Alphonse BRABANT, négociant,

FLAVIGNY, négociant,

LEMAIRE, notaire à Cambrai,

CRINON, conseiller municipal de cambrai,

BRICOUT-MOLLET, conseiller municipal de Cambrai,

ANSELIN, maire de Gonelieu,

DANJOU, négociant,

BOULANGER, maire de Doignies,

RENNUIT, percepteur,

Aubert DUFRESNES,

ROUGERON,

François GODELIER,

LEDOUX, notaire à Cambrai,

LELEU, propriétaire à Cambrai,

MACAREZ, conseiller général du canton de Solesmes,

MILLET, conseiller d'arrondissement de Bantouzelle,

ROUX, manufacturier à Masnières,

LEGON, chef de la station du télégraphe,

BLÉE,

LAVOIX, avoué.

 

Le 28 avril, monsieur de la BRUNIÈRE, ancien notaire, adjoint au maire de Cambrai, membre de l'administration des Hospices, président de l'union chorale et de l'école de musique, décède à Cambrai. Le 7 mai, monsieur ISOARD, farouche opposant au régime impérial, écrit à monsieur Émile OLIVIER, ministre de la Justice, pour lui signaler que 5 soldats de la garnison de Cambrai ont été mis en prison. Trois d'entre eux ont été accusés d'avoir parlé politique dans un café; les deux autres ont commis le crime de tourner la roue de la machine à imprimer du journal "LE LIBÉRAL". Le lendemain dimanche, se déroule le plébiscite décidé par MAPOLÉON III. Le OUI l'emporte largement. Sur le plan national, les résultats sont les suivants :

OUI : 7 350 142

NON : 1 538 975

NULS : 112 975

Cambrai approuve également l'initiative de l'Empire. Il y a eu 4 196 votants pour 4 992 inscrits. Le OUI obtient 2 850 voix et le NON 1 267. il y a eu 79 bulletins nuls.

 

Le 13 mai 1870, le conseil municipal décide qu'il sera procédé à la vente des waréchaix du chemin de fer du Comte d'Artois et du chemin de Justice. Le 15, l'épidémie de petite vérole qui sévit à Paris fait une visite à Cambrai. Monsieur LENGRAND, peintre, âgé de 33 ans, de retour d'un voyage à Paris meurt après avoir contracté la maladie. Le 18, monsieur PLICHON, député de Dunkerque, gendre de M. Alexis BOITELLE de Cambrai est nommé ministre des Travaux Publics. Le 19, monsieur PIERSON, commandant du bataillon de sapeurs pompiers de Cambrai a la douleur de perdre son fils Jules, âgé de 24 ans, quinze jours après le décès de son épouse. Ce fait pourrait apparaître comme sans importance, mais tous deux ont succombé à la suite "d'une de ces maladies lentes que l'art des hommes est impuissant à guérir" (sic). Il s'agit de la tuberculose, fléau de l'époque et c'est ainsi que l'on parle délicatement des "maladies poitrinaires".

 

Le 3 juin 1870, le conseil municipal accueille la demande de madame DELATTRE-PROTEZ à l'effet de faire courir à frais communs avec la ville, la partie de l'Escaut qui coule vis à vis des deux maisons de la rue Ste-Élisabeth, n° 22 et 24. le conseil approuve le projet d'agrandissement de l'école des filles au faubourg Saint-Druon, dont la dépense est de 11 000 francs et de l'école laïque de garçons lorsque l'état des finances le permettra.

 

Le dimanche 12 juin, ainsi que la veille ont lieu les élections au Conseil Général et au Conseil d'Arrondissement.

Pour le Conseil Général, dans le canton de Cambrai Ouest, monsieur LELEU obtint 3 118 voix et est élu. Il y a 144 bulletins nuls.

Dans le canton du Cateau, monsieur Auguste SEYDOUX obtient 4 721 voix et est élu. Il y a 196 "voix perdues".

Pour le Conseil d'Arrondissement, monsieur VALLEZ est élu dans le canton de Solesmes avec 4 016 voix et 23 bulletins nuls.

Dans le canton de Marcoing, monsieur MILLOT-BRICOUT, avec 2 454 voix est proclamé élu contre monsieur DELABRE qui obtient 1 268 voix. Il y a 46 bulletins annulés.

Dans le canton de Clary où deux sièges sont à pourvoir, il y a un seul élu au premier tour, monsieur TAISNE avec 3 480 voix.

Le ballotage est donc fixé au 18 juin. Les quatre autres candidats avaient obtenu respectivement : monsieur MILLOT 2 219 voix, monsieur SIMON : 2 427 voix, monsieur FONTAINE 2 224 voix et monsieur BOBOEUF 1 330 voix.

 

Le 18, le scrutin de ballottage voit la victoire de monsieur MILLOT, Maire de Clary qui, avec 3 055 voix bat monsieur BOBOEUF, ancien notaire, crédité de 2 450 voix.

 

Le 22, le tribunal correctionnel de Cambrai juge entre autres, une demoiselle Camille DESMAIS logée en garni chez le sieur LUCE, rue des Candillons. Cette pauvre fille récolte un mois de prison ferme pour avoir "soustrait et engagé au Mont de Piété les draps du lit et un oreiller". Le 30, la Recette des Postes de Cambrai est transférée 5 rue Vanderburch.

 

Le 7 juillet, il est décidé que le renouvellement des conseils municipaux aura lieu le 31 juillet. Le sieur WIART Henri, ouvrier travaillant chez monsieur Constant FONTAINE, matelassier au 33 rue des Lombards (aujourd'hui rue Ernest Lepot), est chargé par madame BOUCHEZ, lingère, de remettre en état sa literie. Quelle n'est pas sa surprise quand, défaisant la toile du matelas, il découvre à l'intérieur un véritable trésor constitué de pièces d'or et d'argent pour une valeur de 100 francs. L'honnête ouvrier remet la somme à son patron qui la restitue à son propriétaire. Tandis qu'à Cambrai, la vie s'écoule tranquille, un orage se lève à l'horizon. À Paris, monsieur De GRAMMONT, ministre des Affaires Étrangères monte à la tribune du Corps Législatif.

Il apprend ainsi aux députés que le maréchal PRIM a offert la couronne d'Espagne au prince prussien Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen et que celui-ci l'a acceptée.

photo Wikipédia
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maréchal Joan PRIM Agénor DE GRAMMONT Léopold de HOHENZOLLERN-SIGMARINGEN

 

L'Empereur NAPOLÉON III s'insurge contre cette prétention manigancée par le chancelier Otto Von BISMARK et, par l'intermédiaire de l'ambassadeur de France exige que cette candidature soit retirée.

En Espagne où l'on redoute le pire, le gouvernement s'efforce de calmer les esprits, pour ne pas encourir les foudres de l'Empereur des français, demande et obtient l'annulation de cette proposition.

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Otto Von BISMARK

 

 

Le 8 juillet, le Conseil Municipal accepte la proposition relative à la création d'une caisse de retraite des sapeurs pompiers et accepte le don de 1 000 francs fait par monsieur PIERSON, leur commandant, pour la fondation du fonds de retraite.

Le conseil décide la démolition de la maison appartenant à la ville, 1, rue des trois pigeons. Le conseil émet un avis favorable à l'acceptation par les Hospices d'une rente de 1 200 francs faite par monsieur DELAMBRE, propriétaire à Cambrai.

Le conseil vote un crédit de 100 francs pour l'impression des ouvrages qui sont en double à la Bibliothèque et dont la vente a été décidée le 18 novembre 1869.

Le lendemain 9, les astronomes avertissent la population qu'un événement rarissime se produira en 1871. ce phénomène qui ne se renouvelle qu'une fois tous les 125 ans est le passage de la planète Vénus devant le Soleil.

 

Le 10, monsieur MAIRESSE-NIAY est élu conseiller d'arrondissement du canton du Cateau par 4 177 voix contre monsieur DEVEAU-CARLIER qui n'obtient que 1 161 voix.

 

Le 12, la tension diplomatique entre la France et la Prusse semble s'apaiser. Le prince Léopold de HOHENZOLLERN-SIGMARINGEN accepte de retirer sa candidature au trône d'Espagne. L'incident paraît clos mais l'Empereur NAPOLÉON III ne s'estime pas encore satisfait.

Le lendemain 13, l'Ambassadeur de France à Berlin soumet au roi de Prusse une nouvelle exigence. Il demande que, plus jamais, à l'avenir, la Prusse n'impose un de ses princes pour occuper le trône d'Espagne.

Le jour suivant, le roi de Prusse, mis en mesure de céder au caprice de l'Empereur des français refuse de s'engager dans cette voie.

NAPOLÉON III fait alors prévenir le roi de Prusse qu'il interposerait son autorité et mettrait un obstacle à une nouvelle candidature de ce genre. Il attend une réponse à ce véritable ultimatum.

 

La déclaration de guerre

 

Le 15 juillet, le roi de Prusse fait savoir à l'Ambassadeur de France qu'il refuse de l'autoriser à transmettre cette déclaration au Sénat et au Corps Législatif français.

Le lendemain, l'Ambassadeur de France se présente à nouveau et demande à être reçu par le roi de Prusse. Celui-ci lui fait répondre par un aide de camp qu'il ne peut le recevoir.

L'Ambassadeur télégraphie cette fin de non-recevoir à son gouvernement, mais la dépêche est machiavéliquement modifiée dans son texte.

C'est ainsi que l'Empereur apprend par une dépêche datée d'Ems, les faits survenus ce jour. Dans ce texte, l'Ambassadeur de France s'est vu notifier par un aide de camp que le roi de Prusse ne le recevait plus.

Cette version des faits est considérée comme un "casus belli" par l'Empereur et son entourage. Sans plus réfléchir, NAPOLÉON III décide de déclarer la guerre à la Prusse.

La nouvelle parvient à Cambrai à 17h30 et est accueillie avec un véritable enthousiasme. En plusieurs points de la ville, on voit les soldats de mêler aux ouvriers et, déjà ils célèbrent par des chants patriotiques, la défaite des prussiens dont personne ne doute.

Ordre est donné d'expédier par le train le plus rapproché les hommes valides du bataillon de dépôt du 24ème, vers les bataillons actifs.

Le bataillon du 54ème, détaché provisoirement à Cambrai, reçoit l'ordre de se tenir prêt à partir au premier signal. Un ordre semblable arrive au 2ème Dragons.

A 21 heures, une partie de la population cambrésienne accompagne jusqu'à la gare en chantant la Marseillaise et le Chant du Départ, les soldats du 24ème qui vont rejoindre leurs camarades déjà en marche contre les prussiens.

Tous les jeune gens appartenant à la Garde Nationale Mobile sont appelés sous les drapeaux.

 

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Soldats de la garde nationale. Section de gardes mobiles

 

Le 18 juillet, monsieur PONSARD de Cambrai, colonel du 49ème de Ligne est nommé colonel du 3ème Voltigeurs de la Garde Impériale.

Monsieur BONIFACE-MEDA, de Cambrai, est nommé chef de bataillon du 89ème Régiment de Ligne.

L'autorité militaire fait occuper par les troupes de la garnison les postes de chacune des portes de la ville. Jusqu'à nouvel ordre, toutes les portes seront fermées à 10 heures du soir et ouvertes à quatre heures le matin.

Les soldats de la réserve quittant Cambrai pour se rendre à Lille où ils doivent être réservés dans les dépôts du Nord pour y être exercés.

Les parents et les amis les accompagnent. La séparation est pénible mais les sentiments nationaux reprennent le dessus. Tous les conscrits chantent à tue tête des refrains patriotiques.

Le lendemain 19, la déclaration est notifiée officiellement au gouvernement prussien. D'après les "usages internationaux", l'ouverture des hostilités ne doit intervenir que dans un délai de 24 heures.

 

La guerre

 

 

Le 21 juillet, deux batteries du 15ème Régiment d'Artillerie venant de Douai passent à Cambrai. C'est par suite du manque de matériel sur les voies ferrées que ce détachement a du faire la route par étapes.

Et la vie continue calmement à Cambrai. Les élections prévues pour le renouvellement intégral des conseils municipaux sont programmés pour les 6 et 7 août.

Le tirage au sort pour la classe de 1870 appelée à l'activité par anticipation aura lieu du 5 au 10 août.

Mais " l'espionnite " commence à apparaître.

Un jeune professeur d'un établissement d'instruction qui était allé corriger les devoirs de ses élèves sur les talus des fortifications est pris par un factionnaire, pour un espion relevant les plans de la ville. Il est arrêté, conduit au poste de la Place d'Armes, et, de là, devant le commandant de la Place. Après vérification de son identité, il est remis en liberté.

Les autorités militaires rappellent à cette occasion qu'il est formellement interdit de se promener dans les fossés des fortifications sur les remparts.

 

Le 23 juillet, sous la présence de madame la Comtesse de HOGENDORF et de madame Jules BRABANT, un comité de dames est constitué à Cambrai pour recueillir et centraliser de tous les points de l'Arrondissement, les dons en nature destinés aux soldats de notre armée qui seraient blessés pendant ce que les français appellent déjà avec optimisme "la campagne de Prusse".

La liste de ces dames patronnesses est la suivante :

 

Mesdames HOGENDORF, rue Saint-Georges (Sous-préfecture)

Jules BRABANT, place Verte

TABARY, 3, rue de Prémy

WIART-PINQUET, 11, rue du Marché aux Poissons

De BOURBOULON, citadelle

BERTRAND-MILCENT, 1, rue Saint-Fiacre

BOITELLE Édouard, place au Bois

CORN1ILLE Georges, 15, rue Saint-Adrien

DEFREMERY, place au Bois

Achille DELATTRE, rue Sainte-Élisabeth

FABRE, rue des Juifs

FONTAINE Édouard, Grand'Place

MARÉCHAL, 15, petite rue Saint-Vaast

TAFFIN, 22, rue Vanderburch

TOUSSAINT-LALLIER, 1, rue de l'Aiguille

WATTIEZ, 35, rue Saint-Georges

Le 24 juillet, à 19 heures, on chante dans l'église Saint-Géry un salut solennel en l'honneur de Notre-Dame des Victoires pour l'heureuse issue de la guerre.

 

Le 26, plusieurs personnes de Cambrai sont disposées à recevoir chez elles les blessés. L'une d'entre elles tient dès maintenant deux lits à la disposition des ambulances. Deux autres personnes en mettent chacune un. Décidément, Cambrai se prépare à la "guerre en dentelles".

L'Empereur, avant de partir à la tête de son armée décide que les traitements minima des instituteurs primaires publics seront augmentés à partir du 1er janvier 1871, ce qui représentera 700 francs pour un enseignant ayant moins de cinq ans de service, 800 francs pour plus de cinq ans et 1 000 francs pour plus de quinze ans.

Le lendemain 27, la commission des Hospices met à la disposition de l'Administration de la guerre 20 à 25 lits pour les blessés.

En dépit de l'état de guerre, la population prépare la fête du 15 août. Ainsi, monsieur BOUTROUILLE, charcutier, informe son aimable clientèle qu'il aura reçu de grandes quantités de jambons. Il les revendra au prix de 1F 15 le demi-kilo garanti première qualité.

 

Le 2 août, une campagne d'intoxication commence à se développer. A 10 heures, les français apprennent que leur armée s'est emparée de la ville allemande de Sarrebruck.

Cambrai est informée officiellement par une dépêche émanant du Ministère de l'Intérieur affichée à la porte de l'hôtel de Ville à 10 heures un quart.

Les cambrésiens accueillent la nouvelle de cette "première victoire" avec enthousiasme. On crie "Vive la France! Vive l'Empereur! Vive le Prince Impérial!" on serre des mains, on se félicite mutuellement. Toutes les maisons sont pavoisées de drapeaux. Les journaux s'arrachent à la Bibliothèque de la gare et chez les libraires de la ville. Hélas, il faudra déchanter.

 

Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)

La dépêche du 2 août 1870

 

Le 4, on apprend avec consternation que Sarrebruck est toujours aux mains de l'ennemi. Le lendemain les mauvaises nouvelles commencent à arriver à Cambrai et les cambrésiens vont en prendre connaissance à l'Hôtel de Ville.

 

Le 6 août

Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)

La dépêche du 5 août 1870

 

C'est la stupeur à Cambrai. Persuadés que les français n'allaient faire qu'une bouchée des prussiens, nos concitoyens ne comprennent pas la signification de cette première défaite. Pourtant le Conseil Municipal s'émeut. Il décide que la fête communale n'aura pas lieu cette année. Une partie des crédits votés, soit 4 000 francs, sera versée à la caisse de secours pour les blessés.

Le lendemain, la situation militaire s'aggrave d'heure en heure, les communiqués officiels sont affichés à l'Hôtel de Ville. Voici ce qu'ils annoncent :

Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)

La dépêche du 7 août 1870

 

A 16h 30, le gouvernement décide de convoquer les Chambres pour le 11 août. Paris est mis d'urgence en état de défense. L'état de siège est proclamé dans le département de la Seine. A 17 heures la nouvelle défaite française est confirmée. C'est à Forbach que nos troupes l'ont subie. Les français se regroupent sur Metz. Un autre échec est enregistré près de Freischwiller. Le général COLSON, chef d'état-major du maréchal De MAC-MAHON est tué. Ce général avait commandé le département du Nord pendant près de vingt ans. Il y a moins d'un mois, il était encore à Lille.

On sait maintenant que ces défaites ne sont pas de simple péripéties. Deux armées ennemies fortes chacune de 200 000 hommes sont entrain d'envahir la France. La patrie est en danger. On se bat à Woerth et à Haguenau.

 

Le 8 août à 10 heures du matin, un groupe de citoyens se presse devant la Sous-préfecture. Monsieur de HAGENDORP, sous-préfet, s'adresse à eux pour essayer de les rassurer. Il leur annonce que la Garde Nationale ca être immédiatement formée.

Cependant, le nouveau Conseil Municipal a été élu la veille. En voici la composition :

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Messieurs BRABANT Jules,

BOITELLE Édouard

BOONE Jules,

BRICOUT Léandre,

BRICOUT-MOLLET

CIRIER, avocat,

CRINON Léandre,

DANQUIGNY Isidore,

De LIÉNARD Charles,

DUCHANGE Louis,

DUTEMPLE, avocat,

FONTAINE Édouard,

LALLIER Alphonse,

MARÉCHAL Pierre,

PIERSON Aimé,

QUEULAIN Félix,

ROTH Charles,

WALLERAND Louis, tous conseillers sortants,

BEDOREZ, maitre de pension,

BONNEL-QUINCHON Henri,

CRESPIN Auguste, ancien manufacturier,

HATTU père, et

PLEX Julien, ancien magistrat.

Ces 24 nouveaux conseillers ont été élus au premier tour mais un scrutin de ballottage sera nécessaire le 14 août pour désigner les trois derniers.

Et pendant ce temps là, la guerre fait rage à notre frontière de l'Est.

Les dépêches le confirment et amplifient les conséquences de la défaite française que l'histoire retiendra sous le nom de "Bataille de Reischoffen".

 

Le 9 août, le ministère donne sa démission qui est acceptée pat l'Empereur. Le comte de PALIKAO est chargé de constituer un nouveau cabinet.

La mobilisation est décrétée. Tous les citoyens non mariés ou veufs sans enfants ayant 25 ans accomplis et moins de 35 ans qui ont satisfait à la loi du recrutement et ne figurent pas sur les contrôles de la Garde Mobile, sont appelés sous les drapeaux pour la durée de la guerre.

L'état de siège déjà appliqué dans le département de la Seine est étendu, entre autres, au département du Nord

Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)
Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)

Dépêches du 10 août 1870

 

Le 13, les prussiens occupent Vigneules et s'approchent de Saint-Mihiel, Toul, Commercy et Bar-le-Duc.

Cambrai ne s'émeut toujours pas pour autant. Le lendemain, le scrutin de ballottage voit l'élection des trois derniers conseillers municipaux, messieurs WIART-PINQUET, MORONVALLE et WACQUET. Monsieur ISOARD n'ayant obtenu que 512 voix, n'a pas été élu. Le 15, l'espoir renaît. Les prussiens auraient, parait-il, subi un échec, perdant plus de 40 000 hommes entre Metz et Verdun. L'ennemi opérerait une retraite vers le Sud, ce qui parait plutôt bizarre.

 

Le 16 août, la vérité est rétablie. Ce sont les français qui ont subi une nouvelle défaite à Gravelotte. A Cambrai, la préparation militaire s'organise. Monsieur BOILEAU, ancien sous-officier au régiment d'artillerie de la Garde Impériale et monsieur Ernest DESJARDIN, mettent sur pied un corps de canonniers et demandent 100 hommes robustes et de bonne volonté pour commencer immédiatement l'exercice. Le lendemain, les engagements volontaires se multiplient à Cambrai. Deux anciens soldats âgés, l'un de 56 ans et l'autre de 65 ans, viennent pour reprendre du service au 24ème de Ligne. Seul le premier est accepté.

Cambrai enregistre son premier tué à l'ennemi. Il s'agit de monsieur ARCHAMBAULT de BEAUNE, ancien chef d'escadron au 6ème Hussards et, plus récemment, lieutenant colonel au 9ème, qui est mort à la tête de son régiment lors de la première charge de Reischoffen.

 

Le 19, les premiers convois de blessés venant des chams de bataille de l'Est se succèdent en gare de Cambrai. Ils sont dirigés vers Lille, Calais, Arras, Douai, Saint-Omer, Dunkerque et Boulogne.

Des âmes charitables distribuent à nos soldats du bouillon, du vin et du café. Le lendemain, le Garde Nationale sédentaire prend possession du poste de l'Hôtel de Ville.

Un comité dont font partie messieurs Jules BRABANT er l'abbé VALLÉE est chargé de répartir les secours aux familles des soldats, marins et gardes mobiles appelés sous les drapeaux.

A 19h 30, un nouveau convoi de 510 blessés arrive en gare. 300 d'entre eux sont acheminés vers Saint-Omer. Les 210 autres sont descendus à Cambrai, une partie vers l'Hôpital Militaire et l'autre partie vers le Petit Séminaire où des lits sont préparés à cet effet.

Un grand nombre de voitures assure le transbordement à la gare. Les hôtels ont envoyé leurs omnibus, les loueurs et les particuliers, tous leurs véhicules.

 

Le 21 août, le bataillon de la Garde Mobile de Cambrai reçoit l'ordre de se rendre à Maubeuge pour y tenir garnison. Il doit impérativement recevoir l'habillement provisoire composé d'une blouse en toile bleue avec une croix rouge sur la manche droite. Les fusils seront délivrés au lieu d'arrivée. Le 2ème Bataillon sera remplacé à Cambrai par le bataillon de Douai qui casernera en nos murs.

Les cambrésiens transférés à Maubeuge défilent en ville par la Place d'Armes et la rue de la Herse. Ils seront au nombre de 1 600 et s'entassent dans deux trains spéciaux.

 

Le 24, les prussiens envahissent le département de la Marne et font entrée dans les villes de Chalons et Vitry le François. La partie Nord de l'Arrondissement de Vassy est occupé et les environs de Troyes sont atteints. Le lendemain, la pression prussienne s'accentue. L'ennemi occupe Doulevaut dans l'Aube et se dirige sur Brienne. Les prussiens occupent Saint-Rémy dans l'Aube.

En raison de la saison avancée, le gouvernement abandonne l'idée de donner des blouses à la Garde Mobile. Elles seront remplacées par des vareuses en laine.

De nouveaux convois de blessés transitent par Cambrai avent d'être dirigés sur Lille et Valenciennes. Dans l'un des convois figurent 50 prisonniers et blessés prussiens.

Pour tenir compte de l'aggravation de la situation militaire, le service des voyageurs est supprimé sur les lignes Laon-Reims et Reims-Soissons. En effet, les prussiens progressent toujours en direction de Rethel, Vouziers et Reims.

 

Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)

Dépêches du 27 août 1870

 

Le 28 août, l'organisation de la Garde Mobile de Cambrai s'achève. 1 100 fusils à tabatière et 350 fusils à percussion sont distribués.

Une enquête d'utilité publique est ouverte à Cambrai sur un projet de chemin de fer qui, passant par Épehy sur la ligne de Péronne, Cambrai, Douai et Orchies, aboutirait à la frontière Belge.

L'administration du Mont de Piété décide que les gages appartenant à des déposants appelés sous les drapeaux ne seront pas vendus pendant la durée de la guerre.

 

Le 31, on procède à l'armement de la Place de Cambrai. Le Maire fait appel au patriotisme des habitants qui ont servi dans l'artillerie pour aider à cet armement.

 

Le 2 septembre, tous les jeunes gens de la classe 1870, quel que soit leur numéro, sont appelés immédiatement sous les drapeaux.

Les anciens militaires, non mariés et veufs sans enfant, âgés de 25 à 35 ans sont également appelés.

Il est défendu de parcourir les remparts en raison des travaux d'armement de la Place. Le lendemain, une nouvelle incroyable parvient à Cambrai. Le maréchal de MAC MAHON aurait été battu à Verdun. Il serait blessé et toute son artillerie serait tombée aux mains de l'ennemi. Personne ne peut ni ne veut y croire mais dans la journée, une dépêche officielle est affichée à l'Hôtel de Ville :

Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)

Dépêche du 3 septembre 1870

 

Ce coup fatal assomme la population de Cambrai. Et l'effet ne se dissipe pas au cours de la nuit.

 

Le 4, à 6 heures du soir, une nouvelle affiche est apposée sur la porte de l'Hôtel de Ville :

 

Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)

Dépêche du 4 septembre 1870

 

Et les dépêches se multiplient…

Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)

Dépêches du 4 septembre 1870

 

Dès l'annonce des événements de Paris, Lyon et Bordeaux proclament à leur tour la République.

A Cambrai, les premières mesures prises en raison du changement de régime interviennent. Tous les habitants de la ville doivent immédiatement s'approvisionner en denrées alimentaires pour plusieurs mois.

 

Le 5 septembre le conseil municipal se réunit. Il décide de continuer à administrer les affaires de la ville jusqu'à ce que de nouvelles élections aient lieu.

Dans la journée, 60 voitures du train de l'artillerie arrivent à 16 heures à Cambrai. Ces véhicules emplis de munitions reviennent de Rocroi mais ils quittent rapidement la ville à l'annonce du désastre. Deux détachements de troupes en débandade, des hussards et des pontonniers se répandent dans les rues de Cambrai.

Et les dépêches officielles parviennent à Cambrai dans l'après-midi. La première datée du 4 septembre, annonce que des éclaireurs prussiens ont été signalés à Guignicourt, à Loivre dans l'Aisne et à Fismes dans la Marne. Le corps du général VINOY opère son mouvement de retraite vers Laon.

 

La deuxième dépêche relate les évènements qui ont amené la chute de l'Empire à Paris. C'est le 4 septembre à 15h 28, qu'après plusieurs échauffourées, le drapeau du château des Tuileries a disparu et que la République a été proclamée.

A 16 heures, messieurs CRÉMIEUX et GAMBETTA, suivis d'une foule immense et de gardes nationaux, se sont rendus à l'Hôtel de Ville par la rive gauche, bientôt rejoints par messieurs Jules FERRY et Jules FAVRE, venant de la rive droite.

Tous les gardes nationaux retirent les aigles de leur uniforme. Tous les fusils et le chapeaux sont ornés de feuilles de lierre.

Source :Gallica (BNF)

De la Place de la Concorde à l'Hôtel de Ville, la rue de Rivoli est occupée par le peuple. De tous cotés, on crie "Vive la République".

 

La troisième dépêche déclare que l'Impératrice Eugénie a pris la fuite en direction de la Belgique.

 

Enfin, une quatrième dépêche déclare que l'ex-Empereur NAPOLÉON III et sa suite composée d'environ cent personnes, avec chevaux et équipages, est arrivé le 3 septembre après-midi à Bruillon. Il se rend en Allemagne en transitant par Liège, sous l'escorte d'un général prussien.

Dans la soirée, la "révolution" atteint Cambrai.

Monsieur Léon GAMBETTA, ministre de l'Intérieur, adresse un télégramme à monsieur Éric ISOARD, chef incontesté des libéraux hostiles à l'Empire. Le texte de ce télégramme est bref :

 

"Proclamez République et constituez municipalité régulière".

 

Fort de cette investiture, monsieur ISOARD fait placarder l'affiche suivante :

 

"Monsieur Éric ISOARD, délégué du comité de Défense Nationale, agissant en vertu des pouvoirs à lui conférés par monsieur GAMBETTA, ministre de l'Intérieur, arrête :

 

 

Article premier

La municipalité de Cambrai est dissoute

 

Article 2

Une commission municipale provisoire est établie à Cambrai

 

Article 3

Sont nommé :

Maire : monsieur BERTRAND-MILCENT, manufacturier

Adjoints : monsieur Edmond PARSY, propriétaire

monsieur Jules MALLET, ancien notaire

 

Article 4

Sont nommés membres de la commission municipale :

 

Messieurs BERTRAND-MILCENT, manufacturier

BOILEUX, ancien pharmacien

BRUNELLE, docteur en médecine

BRUNEL-PAMART, négociant

BUREAU-PELERIN, négociant

CHANTREUIL, docteur en médecine

CHRISTIAN, avocat

CIRIER, avocat

CORNAILLE-LEROY, négociant

DANQUIGNY-MOLLET, propriétaire

DAZIN, docteur en médecine

DELAMBRE fils, avocat

DELAPORTE fils, propriétaire

DUBOIS-ANCELIN, négociant

DUTEMPLE, avocat

GALLAND-RUSKONNÉ, négociant

LALLIER Alphonse, banquier

LANCELLE, avocat

LANTOINE, ancien négociant

LEROY-LALLIER, propriétaire

MALLET, ancien notaire

MOLLET François, propriétaire

PAGNIEZ-DELLOYE, négociant

PARSY fils, propriétaire

SAVARY, notaire

WIART-PINQUET, président du Tribunal de Commerce

WIART, horloger.

 

Pour en terminer avec cette journée historique, une dernière information parvient à Cambrai. Monsieur TESTELIN est nommé Préfet du Nord en remplacement de monsieur MASSON, destitué.

 

Le 6 septembre, le communiqué officiel français déclare :

" l'ennemi se rapproche de plus en plus de Paris. Nos troupes se replient vers la capitale. Le gouvernement et la population déploient une égale activité pour préparer la résistance. On signale que les prussiens traversent le Rhin via à vis de Kembs. La ville de Neufchâteau est atteinte. L'ennemi marche sur Soissons et Reims est occupée". Le lendemain, monsieur Éric ISOARD est nommé Sous-préfet de l'arrondissement de Cambrai en remplacement de monsieur HOGENDORF, démissionnaire.

Le colonel LEROY est nommé chef de la Garde Nationale sédentaire de Cambrai. Le 8, le gouvernement de Défense Nationale décide que les élections générales auront lieu le dimanche 16 octobre pour désigner 750 députés à l'Assemblée Nationale Constituante. L'ennemi atteint Sissonne, Laon, Épernay et Château-Thierry.

La solde de la Garde Nationale est portée à 1F 50 par jour à dater du 9 septembre 1870.

 

Le 9 septembre, 11 officiers, 750 sous officiers, caporaux et soldats français blessés arrivent en gare de Cambrai. La municipalité demande aux femmes d'apporter du linge à l'Hôtel de Ville et aux enfants de faire de la charpie.

La plupart des blessés sont accueillis à l'Hospice Saint-Julien. Une ambulance est créée au cercle de la rue Vanderburch. Le lendemain, l'ennemi s'approche de Crespy et de Compiègne. Les français se replient sut Beauvais. La vile de Laon capitule mais le commandant de la place fait sauter le citadelle. Des avant-gardes prussiens sont signalés à Meaux après avoir dépassé La Ferté.

 

Le 11, un comité de défense est constitué à Cambrai. Il se compose de messieurs les colonels commandant la place de Cambrai et de la Garde Nationale, le commandant du Génie, le major du 24ème de Ligne et le capitaine d'Artillerie.

Cambrai se sent menacée par l'invasion prussienne. Cependant, le danger n'est pas imminent. Il suffit de suivre l'itinéraire des deux armées ennemies pour constater que l'objectif est Paris soit directement par le Nord-est, soit par débordement vers le Sud. Si les départements voisins de l'Aisne et de l'Oise sont envahis, la Somme, le Pas de Calais et le Nord sont pour le moment épargnés. Le lendemain, il est créé à Cambrai une compagnie d'éclaireurs à cheval commandée par monsieur Henri DUCHANGE, capitaine, monsieur NOCHEZ, maréchal des logis chef et monsieur CARPENTIER, maréchal des logis.

La population est informée que ces éclaireurs porteront un uniforme destiné à les différencier des soldats prussiens. Ils porteront donc une vareuse ou une tunique courte en drap noir avec parements et passepoils rouges, un pantalon noir avec une bande rouge, un képi rouge avec liserets et bandeau noirs. L'armement se compose d'un sabre de cavalerie et d'un révolver ou d'un pistolet d'arçon.

Une compagnie de 50 à 60 francs-tireurs va également être constituée. L'ennemi a atteint Vaucouleurs, Vred, Chauny, Compiègne et Provins.

 

Source :Gallica (BNF)
Source : http://expert.jcdey.over-blog.com/

Pistolets d'arçon

 

Le 13, Cambrai est coupée de toutes communications avec Paris. Le pont de Creil a sauté ainsi que le viaduc de Chantilly. Les dernières dépêches parvenues en ville annoncent l'occupation de Ternier. Le lendemain, par des voies détournées que Creil et Colmar sont tombées aux mains de l'ennemi. Les avant gardes prussiennes auraient atteint Joinville-le-Pont, Alfort et Melun. Le 15 à 10 heures, un service funèbre est célébré en la chapelle du Grand Séminaire à la mémoire des officiers et des soldats français morts depuis le début de la guerre. Le lendemain, l'ennemi a atteint Athis et Pierrelaye en Seine et Oise. Il traverse la Seine à gué. On se bat autour de Créteil, d'Ivry et de Charenton.

 

Le 17 septembre, la commission municipale se réunit à Cambrai. Elle décide l'émission de bons de la Ville de 25, 5 et 1 Franc échangeables contre des billets de banque car la municipalité manque de numéraires.

L'État Civil de Cambrai enregistre 17 décès de militaires ayant succombé à leurs blessures à l'Hôpital Saint-Julien et à l'Hôpital militaire du 10 au 17 septembre. Parmi eux figure un soldat inconnu. Le 20, la pression ennemie sur Paris se précise. Les prussiens sont à Clamart, Meudon, Créteil et Nangis. Ils marchent sur Fontainebleau et passent la Seine à Choisy-le-Roi. Versailles, Pithiviers et Nemours sont occupées.

Depuis le 18 septembre, l'investissement de Paris est complet et le gouvernement de Défense Nationale s'est replié à Tours.

Le général VINOY livre combat aux approches de Paris. S'il remporte un succès relatif le 18 septembre, il est mis en échec le lendemain au Sud de la capitale.

Le 20, sa faible armée reçoit le choc d'un corps prussien fort de 60 000 hommes et le général VINOY doit battre en retraite, laissant aux mains de l'ennemi 7 canons et un millier de prisonniers. Le lendemain 21, les prussiens progressent toujours, atteignant Mantes, Melun, Dourdan et Sèvres.

 

Le 24 septembre, le gouvernement installé à Tours fait placarder l'affiche suivantes :

Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)

Dépêche du 24 septembre 1870

Ce même jour, un nouvel arrêté du gouvernement précise :

 

Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)

Dépêche du 24 septembre 1870

 

La municipalité de Cambrai informe la population qu'il n'y a pas de danger imminent d'invasion. Cependant, par mesure de précaution, chaque famille doit se munir de la quantité de farine qui lui serait nécessaire pendant au moins un mois. Cette décision est signée par le maire de Cambrai, monsieur BERTRAND-MILCENT.

Il n'y a aucun signe de pessimisme à Cambrai. D'ailleurs, la rentrée des classes au collège est fixée au lundi 10 octobre.

Les nouvelles militaires arrivent avec un certain retard. La population apprend à 18 heures que la division De MAUDHUY a attaqué les hauteurs du plateau de Villejuif occupées par les prussiens. Le contre-amiral SAISSET a opéré une reconnaissance du coté du Bourget et le général BELLAMARE a attaqué le village de Pierrefitte.

Dans l'Est la situation s'aggrave. La ville de Toul capitule après un long siège. 109 officiers et 2 240 soldats français sont faits prisonniers.

Le soir une réunion publique se tient dans la Salle des Spectacles de Cambrai. Elle est organisée par l'Administration Municipale et présidée par monsieur BERTRAND-MILCENT, maire de la Ville. A l'issue de cette réunion, la Commission Municipale est autorisée à organiser, armer et équiper des compagnies de volontaires destinées à marcher à l'ennemi.

Au chapitre des faits divers, l'Administration prononce la fermeture du cabaret de la veuve DOISY, rue des Pochonets. Cette femme était signalée pour la mauvaise tenue habituelle de son établissement.

Dans la nuit du 24 au 25 , une nouvelle aurore boréale illumine le ciel de Cambrai. A 22h 05, on peut apercevoir des lueurs d'une blancheur blafarde au centre du phénomène et d'un rouge sanglant sur son périmètre, le tout traversé d'immenses rayons brillants. A 23h 30, le ciel s'obscurcit de nouveau.

 

Le 25, les prussiens occupent Malesherbes ainsi que Pithiviers et menacent Orléans.

A 10 heures, un convoi est intercepté sur la route de Douai par les services de police. La rumeur publique croit savoir que ce convoi transportait de la poudre destinée à l'armée prussienne.

 

Le 30 septembre, les départements du Nord, du Pas de Calais, de la Somme et la parie des départements de l'Oise et de l'Aisne qui n'est pas encore envahie par l'ennemi sont placés sous la haute direction d'un gouverneur général qui aura tous les pouvoirs du gouvernement. C'est monsieur TESTELIN, avant-dernier Sous-préfet du Nord qui est désigné pour ce poste.

 

Le 1er octobre, la compagnie des canonniers sédentaires de Cambrai se rend à Lille pour s'exercer à la manœuvre et au tir du canon, des obusiers et des mortiers.

L'ennemi occupe Beauvais, Mantes, Rambouillet et Épernon.

Un cambrésien, monsieur MESNIL, invente un nouveau procédé de transformation des fusils à piston en fusils se chargeant par la culasse.

Le 4, le gouvernement décrète la mobilisation de la Garde Nationale. Tous les français de 21 à 40 ans non mariés ou veufs sans enfants sont concernés.

 

Le 7, la Commission Municipale vote un crédit de 4 578 francs pour faire face aux dépenses d'organisation de la Garde Nationale sédentaire. Elle invite le Maire à solliciter de l'État la subvention nécessaire à l'habillement de 25 hommes au moins par compagnie.

L'ennemi attaque la ville de Saint-Quentin. A 11h 30, la gare est évacuée et les prussiens sont signalés à proximité. Depuis quatre heures du matin, la Garde Nationale de Saint-Quentin est sous les armes et se prépare à une vigoureuse résistance.

Les éclaireurs de Cambrai se mettent en marche.

La gare de Cambrai ne délivre plus de billets pour les stations au delà de Busigny.

Le lendemain, les prussiens sont à Ablis et marchent sur Evreux.

A 10 heures, les prussiens donnent l'assaut à Saint-Quentin. Mais les forces françaises érigent des barricades et réussissent à refouler l'ennemi. Le premier combat de Saint-Quentin se termine en faveur des français. Le lendemain 9, la ville de Cambrai commence à émettre des bons municipaux.

Le Maire de Cambrai invite les cultivateurs des communes voisines à envoyer leurs bestiaux dans la ville pour les soustraire à l'envahisseur.

 

Le 11, les prussiens entrent à Orléans à 7 heures du matin. L'ennemi atteint Dreux, Châteaudun, Montdidier et Breteuil. Le lendemain, monsieur TESTELIN passe en revue la Garde Nationale de Cambrai. L'uniforme des Gardes Nationaux mobilisés pour l'arrondissement de Cambrai est ainsi constitué :

- Tunique croisée en drap bleu foncé, avec collets et pattes rouges, liseré rouge sur la manche formant le parement.

- Pantalon de drap foncé avec liseré rouge.

- Képi drap bleu foncé avec bande rouge sur laquelle était cousue une plaque en cuivre doré portant "NORD".

- Ceinture avec plaque en cuivre et giberne.

- Un havresac.

- Cravate bleue uniforme.

- Souliers et guêtre blanches.

Chaque homme avait droit en outre à deux chemises, à une couverture en laine du type militaire et à deux paires de chaussettes en laine.

 

12 prussiens faits prisonniers par la Garde Nationale de Saint-Quentin arrivent à Cambrai et sont conduits à la Citadelle.

Un ballon venant de Paris et allant à Tours prend terre à Carnières après avoir essuyé le feu des prussiens. Les aéronautes arrivent à Cambrai avec le matériel du ballon et quatre sacs de dépêches. Ils donnent des nouvelles rassurantes de la capitale.

 

Le 14, en confirmation des récents succès français, la liaison ferroviaire entre Cambrai et Saint-Quentin est rétablie. Le lendemain, l'avance ennemie se poursuit. Gisors et Magny sont occupées et les avant-gardes prussiennes atteignent Écouis.

 

Le 16, les Petites Sœurs des Pauvres d'Escaudœuvres décident d'accueillir les blessés français. A 8 heures et demie, la Place de Soissons capitule après un bombardement de quatre jours. Ce même jour, la ville de Montdidier tombe aux mains de l'ennemi. Le lendemain, l'autorité militaire donne des ordres pour l'inondation immédiate et complète de la Ville, la démolition des constructions et l'abattage des arbres ou des haies qui se trouvent dans la zone militaire. Des troupes de renfort sont attendues d'un moment à l'autre. Les munitions et les projectiles sont en grand nombre dans la Place. Chaque canon pourra tirer au moins 400 coups.

 

Le 18, l'ennemi occupe Châteaudun et Vesoul.

La Commission Municipale vote un crédit de 5 000 francs destiné à l'habillement et à l'équipement des Gardes Nationaux sédentaires qui ne peuvent subvenir à cette dépense. Elle vote la somme nécessaire à l'acquisition de 250 carabines Comblais qui seront remises aux Gardes Nationaux qui se seront distingués dans les tirs à la cible.

Elle ouvre un crédit de 800 francs à la Compagnie d'Artillerie de la Garde Nationale pour être employé en journées d'ouvriers terrassiers concernant l'achèvement des travaux indispensables à la défense.

 

Le 20; on signale des pointes prussiennes à Vitry dans le Loiret, à Épernay et en Normandie. Le lendemain, monsieur TESTELIN démissionne de son poste de Gouverneur Général pour raisons de manque de compétences et de santé. Cette démission est refusée par le gouvernement de Tours et monsieur TESTELIN garde ses fonctions.

C'est avec deux jours de retard que Cambrai apprend qu'une grande bataille a eu lieu à Châteaudun. Les pertes sont lourdes de part et d'autre. Le communiqué français avoue que 200 soldats français ont été tués mais estime les morts prussiens à 2 000.

L'armée française évacue Châteaudun et bat en retraite par Courtalain et Brion. Simultanément, les prussiens occupent Chartres et marchent sur Mantes par Dreux. Ils font sauter le pont sur la Loire entre Meung et Cléry. Ils encerclent Beaugency.

Des combats ont lieu devant Besançon entre Noray et Cussay, dans la forêt d'Hencourt, dans l'Eure et à Châteauneuf dans le Loiret. Les prussien entrent à Montereau.

A Saint-Quentin, la situation est confuse. Les prussiens ont traversé la ville le 18 octobre vers 12 heures. Ils ont exigé une somme de deux millions de francs sous peine de livrer la ville au pillage. Le 20 au matin, les habitants ont eu la surprise de constater que l'ennemi avait disparu. Mais des affiches placardées sur les murs de la ville rappellent que Saint-Quentin est et demeure sous contrôle allemand. La population est menacée de représailles en cas d'actes commis contre les soldats de l'armée d'occupation.

A Cambrai, un nouveau cabaret, celui tenu par monsieur SAVARY François, 4, rue Saint-Vaast est fermé pour cause de débauche et de prostitution.

 

Le 24 octobre, le département du Pas de Calais et la Place d'Arras sont déclarés en état de guerre. Le jour suivant, une troisième aurore boréale est remarquée à Cambrai de 18 à 22h 30. le lendemain, après une journée de pluie battante, de nombreux éclairs sillonnent l'atmosphère et se succèdent sans orage durant une grande partie de la nuit.

 

A dater du 1er novembre, les timbres postes français à l'effigie de l'Empereur ne seront plus acceptés par la Poste de France. De nouveaux timbres seront mis en service portant une figure de la République avec la légende "Liberté – Égalité – Fraternité". Le 27, une nouvelle catastrophe frappe la France. Le maréchal BAZAINE, de connivence avec les partisans de l'Empereur, signe une honteuse capitulation pour son armée et pour le forteresse de Metz.

150 000 prisonniers y compris 20 000 blessés et malades tombent ainsi aux mains de l'ennemi.

Le gouvernement tarde à réagir, doutant de la réalité des faits.

 

Le 30, une proclamation signée par messieurs CRÉMIEUX, GLAIS-BIZOIN et GAMBETTA confirme l'incroyable nouvelle.

 

Source : Recueil des dépêches télégraphiques officielles publiées pendant la durée de la guerre 1870-1871 (BNF)

Dépêche du 30 octobre 1870

 

Cette capitulation libère une nouvelle armée allemande qui va se joindre aux autres forces d'invasion.

Le général BOURBAKI est nommé Commandant Militaire de la région Nord.

Les combats se sont déplacés près de Dijon dans la Côte d'Or et à Eloy dans les Vosges.

 

Le 1er novembre, l'armée prussienne, débouchant de Metz, dépasse Mezières, et est signalée à Sivry entre Hirson et Mezières, sur la route de Laon. Le lendemain, en prévision d'un siège à Cambrai et pour atténuer les effets d'un bombardement, il est question de former une société mutuelle d'assurance entre tous les propriétaires d'immeubles. Le jour suivant, le gouvernement de Défense Nationale organise un référendum à Paris. Il est plébiscité par 442 000 OUI contre 49 000 NON.

L'ennemi atteint Belfort et Gournay. On se bat entre Auxonne et Besançon.

 

Le 4, le nouveau Sous-préfet, monsieur Éric ISOARD adresse une proclamation aus habitants. Monsieur BERTRAND-MILCENT, Maire de Cambrai, prévient les propriétaires de cafés et estaminets où se réunissent les soldats de la garnison que leurs établissements seraient immédiatement fermés s'ils toléraient quelque embauchage dans un esprit de trahison ou de défaillance. Il engage les militaire à s'emparer de ceux qui leur tiendraient un langage antipatriotique et à les livrer à la rigueur des lois militaires.

Une demande d'armistice proposée par le gouvernement en vue d'élire une Assemblée Constituante est rejetée par l'ennemi. Les prussiens refusent les demandes exprimées par les français concernant le ravitaillement de Paris. D'autre part, nos adversaires n'acceptent qu'avec réserves la participation de l'Alsace et de la Lorraine au vote.

Le gouvernement ayant échoué dans cette tentative de mettre fin aux hostilités décide de la levée en masse de tous les hommes de 21 à 40 ans.

Les forces allemandes, et non plus seulement prussiennes, parties de Dijon, marchent sur Chagny en direction de Lyon et de Bourges.

 

Le lendemain 5, le colonel De BOURBOULON, commandant le Place, adresse à monsieur le Maire une lettre pour lui signaler les manœuvres de certains habitants qui cherchent à refroidir le zèle des jeunes Gardes Mobiles en les persuadant que Cambrai ne se défendrait pas. Il prie monsieur le Maire de lui prêter un chaleureux concours pour démentir une si odieuse calomnie et affirmer avec lui que Cambrai peut se défendre et se défendra.

Le Sous-préfet, monsieur ISOARD, révoque de ses fonctions le sieur MARTEL, garde champêtre de Mazinghien, pour propos injurieux envers la République et fait fermer le cabaret du sieur LAMBERT, accusé d'avoir tenu des propos anti patriotiques.

 

Le 6, monsieur le Maire, considérant que les pièces de beurre mises en vente sur les marchés, présentent des différences de poids, prévient qu'à partir de ce jour, les personnes qui viennent vendre leur beurre sur le marché, ne pourront ni l'étaler, ni le colporter en ville qu'autant que les pièces pèseront 188 grammes pour les pièces dites "quart de livre" et 375 grammes pour celles dites "demi livre". Le lendemain, le Sous-préfet, monsieur ISOARD, révoque de ses fonctions le sieur GLAY, garde champêtre à Avesnes les Aubert, pour avoir cherché à tourner en ridicule un des membres du gouvernement républicain. Monsieur Théophile BONIFACE, Maire d'Esnes, est révoqué et remplacé par monsieur Louis BONIFACE.

 

Le 10, par suite des négociations pour un armistice, monsieur le Maire recommande de nouveau et avec insistance aux habitants, de faire de nouveaux approvisionnements pour deux mois au moins en vue de toute éventualité (charbon, farine, légumes, beurre, huile, viandes fumées, etc.).

La ville de Dijon tombe entre les mains de l'ennemi. Les livres de la bibliothèque et surtout les précieux manuscrits qu'elle renferme vont être mis à l'abri des bombes et de l'incendie.

Dans la soirée, Cambrai prend connaissance des informations d'ordre militaire. L'ennemi a atteint Hirson et marche sur Vervins, Marle, Coucy-le-Château, Soissons et Villers-Cotterêts. Il semble que l'armée allemande libérée par la chute de Metz, s'engage sur le même itinéraire que celle de l'armée prussienne ayant débouché de Sedan.

L'armée française emporte enfin une victoire à Coulmiers et réoccupe Orléans après une lutte de 10 jours. L'armée de la Loire compte 200 morts mais les pertes ennemies seraient plus importantes. Les français ont fait 1 000 prisonniers.

 

 

A suivre...